[One Shot #11]Nous avons tellement de façons complexes d'aimer et un seul mot simple pour l'exprimer./!\ Yaoï /!\

[One Shot #11]Nous avons tellement de façons complexes d’aimer et un seul mot simple pour l’exprimer./!\ Yaoï /!\
L'air glacial caresse violemment mon visage inondé de larmes. La nuit paraît tellement noire ce soir. Je sens une fine goutte d'eau tomber sur mon visage déjà humide. Je marche lentement en direction de cet endroit. Notre endroit. Un lieu rempli de souvenirs d'enfance. Un lieu sacré pour nous, qui aurait pu être complété par des souvenirs d'adulte. Mais le destin en a décidé autrement.

Flash Back

- Ouf ! On a eu chaud ! constata mon frère en reprenant sa respiration.
- Tu l'as dit. Je suis sûr que cette vieille nous aurait encore couru après si on ne s'était pas cachés ici.
- En même temps, on lui a volé deux bonbons Bill.
- Et alors ? Maman avait qu'à nous donner des sous
, fis-je remarquer.
- Oui c'est vrai t'as raison. C'est à cause de maman.

On éclata de rire après s'être remis de notre délit de fuite envers la boulangère du quartier. Après quelques minutes, je regardai autour de moi, ainsi que par la fenêtre du bâtiment dans lequel nous étions, et adressai la parole à mon frère jumeau.

- On n'est jamais partis aussi loin de la maison Tom.
- Oui je sais. Mais on n'avait pas le choix en même temps. On était obligés de se cacher dans cet immeuble. D'ailleurs y'a quoi dedans ?
- Ben sûrement des gens qui y habitent. Mais regarde tous les escaliers qu'il y a. Ca a l'air haut.
- Ouais c'est vrai ! Y'a au moins cinquante étages je suis sûr !
- N'importe quoi ! Viens on va tout en haut Tomi !!!
- Pfff... non...
- Allez viens !


Sous ses protestations, je forçai tout de même Tom à bouger afin de monter les nombreux escaliers qui menaient au sommet de ce grand immeuble de treize étages exactement.

- J'en ai marre, se plaignit mon frère.
- Un peu de courage Tom. C'est bon on est arrivés.
- Mais c'est nul y'a rien !
- Si ! Regarde la grande porte là. Viens on va l'ouvrir.


Je m'éxécutai et sorti, prenant la main de Tom dans la mienne. Nous nous retrouvâmes donc à l'extérieur, sur le grand toit de l'immeuble. Sur la gauche, la vue donnait sur notre grande ville. Je m'approchai du bord en faisant attention. C'était beau. Surtout en fin de soirée lorsque quelques lumières scintillaient déjà à travers les nombreuses fenêtres. Puis je détournai la tête de l'autre côté de l'immeuble. Nous nous avançâmes prudemment avec mon frère et nous découvrîmes un paysage magnifique, en contradiction totale avec celui de l'autre côté. Le ciel était légèrement rougi par le coucher du soleil qui disparaissait à vue d'½il. L'eau du lac était d'une clarté étonnante et la verdure d'une couleur très chaleureuse. Ce paysage, malgré la fraîcheur de l'air, me donnait envie de rester toute la nuit sous les étoiles à admirer la beauté de ce monde.

- Regarde Tom comme c'est magnifique !
- Oui c'est vraiment trop beau. Tu ne veux pas qu'on reste un peu là ?
- Si ! Tu vois que c'est bien ici, toi qui n'arrêtais pas de te plaindre tout à l'heure.
- Oh ça va hein. Je ne savais pas que c'était comme ça moi. On n'avait jamais remarqué ce lac à l'autre bout de la ville.
- Oui c'est vrai. Mais on est loin de la maison là aussi.
- Maman va nous engueuler Bill ! T'as vu l'heure qu'il est ?
- Mais on s'en fout. Regarde où l'on est. On est les plus grands du monde. On est libres
, dis-je en éclatant de rire.

Il me fit un sourire timide. A cet instant, je le trouvai magnifique. Ce paysage. Lui. Moi. Nous. C'était la première fois qu'une telle sensation s'emparait de moi. Malgré que nous ayons à peine 12 ans, je me surpris à trouver mon frère très attirant. Je pris soudainement peur. Tom le remarqua et me sourit d'un air rassurant en plaçant son bras autour de mon épaule. Je frissonnai. Il me réchauffa légèrement en frictionnant mon corps. Mon c½ur accéléra sous son contact doux et chaud. Je fermai les yeux, profitant de ce petit bonheur éphémère, puis me reprit après quelques secondes. A cet instant, je me jurai de ne plus jamais ressentir un tel sentiment à l'égard de mon frère. Ce n'était pas normal. C'était sûrement l'ambiance de l'endroit où nous nous trouvions qui me rendait comme ça. J'étais bien à ses côtés. Et c'était l'essentiel. Voyant mon visage soudainement heureux, il me regarda un instant et ajouta.

- Cet endroit est notre secret maintenant. Personne ne doit savoir que nous le connaissons. D'accord ?
- D'accord Tom. Personne. A part nous deux...


Fin du Flash Back

Je relève la tête vers le grand escalier qui mène à notre endroit. Je soulève alors mon pied droit sur la première marche avec un léger mouvement d'hésitation. C'est la première fois que je gravis ces marches sans lui. Et c'est aussi la dernière fois que je vais monter ces escaliers. Mon c½ur fait un bond lorsque ma chaussure touche enfin la première marche. Des tas de souvenirs surgissent alors violemment dans ma tête au contact du sol. De nombreuses images défilent devant mes yeux refermés. Tout s'enchaîne. Tout se mélange. Tout s'égare. Je n'en peu plus. Une larme coule une fois de plus sur ma joue. Une larme qui contient tant de sentiments. Une larme de rage. De peur. De tristesse. D'amour...

Flash Back

Je suis dans une pièce. Je ne vois rien. Il fait très sombre. Mais la noirceur de ce lieu inconnu se transforme étrangement en une blancheur aveuglante. Mes yeux et mon front plissés se décontractent à la vue de la fine silhouette qui se dessine de plus en plus nettement devant moi. Je ne vois pas son visage. Il est de dos et entièrement nu. Il ne bouge pas. Je sais que c'est lui. Je le reconnais. Ses longues dreads blondes attachées me permettent d'admirer les courbes parfaites de son dos, de ses hanches et de ses fesses. Sa main droite se relève, entraînant son poignet et son coude, et se dirige vers sa dense chevelure. De ses doigts habiles, il détache soigneusement et sensuellement ses cheveux. Ses dreads dégringolent, giflant la peau laiteuse de ses omoplates dans un mouvement balancier. Petit à petit, ses cheveux ralentissent la cadence pour enfin finir par se stopper. Ses bras retombant le long de son corps mince, il reste un court instant immobile. Puis sa tête se détourne au ralenti. A mi chemin, son corps suit le mouvement à la même vitesse. Je parviens alors à distinguer de plus en plus le profil gauche de son visage. Ses paupières sont fermées. Son petit nez droit se dessine parfaitement. Sublimée d'un piercing sur le coin de sa lèvre inférieure, sa bouche pulpeuse est légèrement entrouverte. Il se trouve désormais complètement face à moi. Il est beau. D'une rare beauté. D'une beauté indescriptible. Il s'approche lentement de moi tout en ouvrant ses petits yeux en amande. Son regard se plonge un court instant dans le mien. Un moment éphémère où chacun de nous s'est vu dans les yeux de l'autre. Une seule seconde de bonheur qui m'a permis de voir que je l'aimais et que je le désirais plus que tout au monde. Il s'approche de moi. Une fois son visage à un centimètre du mien, il dépose ses lèvres sur les miennes. Il mêle sa main droite à la mienne et caresse ma joue avec l'autre. Son baiser est simple mais tendre. Chaud et si unique. Une sensation de plénitude s'empare de mon corps tout entier. Il se détache de moi et m'admire de ses yeux amoureux. Mais tout à coup, son regard devient agressif et haineux. Son visage change complètement d'expression. Une boule au ventre se forme en moi et mon c½ur s'accélère à m'en briser la poitrine. Je parviens à reculer légèrement malgré les tremblements incessants de mes jambes. Des larmes coulent lamentablement le long de mes joues rosies par la peur. Puis d'un mouvement inattendu, il se rue sauvagement sur moi. Un cri suraigu sort du fond de ma gorge. Mes paupières s'ouvrent alors brusquement. Des gouttes de sueur glissent le long de mon visage pour aller se loger dans le creux de mon cou. Certaines mèches de mes cheveux sont collées contre mon front dû à la transpiration. Petit à petit, je reprends ma respiration. Je suis dans mon lit. Il fait encore noir. Je regarde mon réveil. 3h48. Putain de cauchemar. Je prends alors ma tête entre mes deux mains moites et tremblantes pendant un instant, puis me lève en direction de la cuisine.

Fin du Flash Back

J'arrive bientôt au sommet de l'immeuble. Plus que quelques marches et j'y suis. Je me souviens de la première fois que l'on a découvert cet endroit. Il y a six ans. Ce jour où j'ai découvert un nouveau sentiment qui n'a cessé de s'amplifier au fil du temps et qui n'a jamais pu me quitter malgré la promesse que je m'étais faîte. Ce moment me paraît tellement loin et inconnu. Et pourtant... Mais pourquoi suis-je tombé amoureux de mon frère ? Pourquoi a-t-il fallu que ça me tombe dessus ? Qu'ai-je fait pour mériter de souffrir de cet amour sale et à sens unique ? Tom... Si tu savais combien je te désire chaque jour. Si je pouvais te dire que je t'aime sans que tu ne me rejettes. Si chaque matin, il était possible de me réveiller dans tes bras et de t'embrasser tendrement sur les lèvres. J'éclate en sanglot et tombe à genoux sur le sol du toit de l'immeuble. Je ne ressens plus l'air froid sur mon visage qui glace pourtant mes larmes. Mon corps devient incontrôlable et s'emplit de spasmes douloureux et intenses. Chaque partie de mon corps tremble violemment et je hurle. Je hurle à m'en briser les cordes vocales. Je hurle ma douleur. Ici, je suis seul et libre. Je peux m'enfuir loin de tout ça. Je peux m'envoler au dessus de cette souffrance. Si tu savais à quel point je t'aime Tom. Je ne veux pas te dégoûter. Je ne veux pas que tu me rejettes. Comprends moi. J'aimerais tant que tu sois à mes côtés et que tu ressentes la même chose. Tu ne comprendrais pas. Je ne veux pas que tu souffres. Pardonne-moi. Ne m'en veux pas mon amour, mais à choisir, je préfère mourir que d'être rejeté par l'homme que j'aime plus que ma propre vie.

Flash Back

- Bill ! Bill !
- ...
- Allez réveille toi marmotte !
- Hum...
- Debout ! Allez !
- Tom...
- Joyeux anniversaire mon Billou d'amour !!!
- Tom putain...
- Joyeux anniversaire ! Joyeux anniversaire ! Joyeux anniiiiiiversaiiiiiiire Billou ! Joyeeeeuux anniiiversaiiire !!!


Enfoui dans mon oreiller, je lâcha un sourire et me releva pour me trouver en face de lui.

- Joyeux anniversaire à toi aussi mon Tomi !

Il m'enlaça de toutes ses forces puis déposa un léger et rapide baiser sur mes lèvres. Après ce geste inattendu, il se releva, et me fit son plus beau sourire.

- Tu te rends compte qu'on a 18 ans ? Putain à nous la liberté !!!

En guise de réponse, il n'eut droit qu'à un petit oui de ma part, encore sous le choc de ce qu'il venait de se passer. Il repartit en chantonnant, tout sourire, comme si de rien était. Ce n'est pas possible, j'ai dû rêver. Il a seulement dérapé au lieu de viser ma joue correctement. Il faut que j'arrête de m'imaginer n'importe quoi. Il ne m'aime pas et ça ne changera jamais.

Fin du Flash Back

Je me relève difficilement après m'être calmé. Je regarde autour de moi et admire pour la dernière fois ce qui m'entoure. J'ai envie de pleurer. Mais je tente de me retenir. Je m'approche le plus possible du bord et monte sur le petit muret qui me sépare du vide en tremblant. Je me redresse, laisse tomber mes bras le long de mon corps et ferme les yeux. Je me sens mieux. Je me sens grand. Au dessus de tout. Je souris et inspire très fort l'odeur de la nature et du lac en face de moi. Je pense à Tom. Ma moitié. Mon amour. Ma vie. J'entends une voix au loin mais je décide de faire abstraction. Je n'ai aucune raison de rester dans ce monde si je ne peux le partager avec celui que je désire. Je ne cesserais jamais de t'aimer Tom. Même de là-haut, je t'aimerai encore et toujours. Mais je ne souffrirai plus. Tu seras mieux sans un frère qui t'aime en secret d'un amour incestueux depuis six longues années. Ne m'en veux pas Tom, mais tu ne comprendrais pas... Une dernière larme s'échappe de mon ½il, glissant le long de ma joue pour finalement aller s'écraser treize étages plus bas. Je me retourne lentement afin de me trouver dos à notre magnifique paysage de verdure. Je soulève mes bras, perpendiculaires à mon buste, comme si j'allais m'envoler. J'entends toujours des cris qui se font de plus en plus insistants et des pas qui se rapprochent à une vitesse folle. Laissez-moi tranquille. Laissez-moi partir seul et uniquement seul. Arrêtez de me faire souffrir. Je ne veux plus vous entendre. Je veux crever. Mon c½ur ne supporte plus. Ma tête va exploser. Pardonnez-moi d'être aussi lâche. Pardonne-moi. Je t'en pris, pardonne moi de faire ça mon ange... C'est le début de la fin. Je lâche alors ma tête en arrière, fermant mes yeux rougis par la souffrance et la tristesse, lorsque j'entends une voix étrangement familière, s'approchant de plus en plus de moi. Mes yeux s'ouvrent subitement et je perds légèrement l'équilibre. Tom.

- BILL NON !!! NE FAIS PAS CA PUTAIN. NE ME LAISSE PAS TOMBER ! T'AS PAS LE DROIT BILL !!! T'AS PAS LE DROIT BORDEL ! JE T'AIME PUTAIN ! JE T'AIME PLUS QUE TOUT !!! BIIIIIILL NOOOOOON !!!!!!

Mais mon corps suit le mouvement de ma tête, m'entraînant violemment dans le vide, avec en dernier souvenir, l'atroce image de mon ange, m'avouant ce que j'aurais voulu entendre il y a bien longtemps...

*

One Shot triste. A ce qu'il paraît, je suis plus douée dans ce domaine là. Sûrement oui. J'espère que vous serez assez satisfaites étant donné l'attente que je vous ai fait subir.

[♪] Oasis - Stand By Me

# Enviado el domingo 01 de junio de 2008 08:00

Modificado el jueves 08 de enero de 2009 12:38

[Three Shot]Désirer son regard et s'y perdre sans hypnose./!\ Yaoï /!\ Âmes sensibles s'abstenir !

[Three Shot]Désirer son regard et s'y perdre sans hypnose./!\ Yaoï /!\ Âmes sensibles s'abstenir !
1/3

- A demain Tom !
- A demain les gars !


Mes deux amis, Gustav et Georg, prirent un chemin différent du mien afin de rentrer chez eux. Après leur avoir fait un signe de la main, je détourna la tête et continua de marcher en direction de chez moi. L'air froid du vent me fit frissonner. D'un geste rapide, je resserra ma grande écharpe rouge puis replaça mes mains dans mes poches. Ce temps d'automne me déprimait. La pluie. Le vent. Le ciel gris. Quelle horreur. Une fois arrivé devant ma porte d'entrée, j'inséra la clé dans la serrure, puis pénétra à l'intérieur de ma maison vide. Ma mère, encore au travail, arriverai dans la soirée comme d'habitude. Je décida alors de me faire une bonne dizaine de tartines au Nutella puis monta dans ma chambre après les avoir englouti une par une. Balançant mon sac par terre, je m'effondra sur le lit d'épuisement, plaça mes mains derrière la tête et ferma les yeux. Faire autant d'heures de cours en une seule journée devrait être puni par la loi. C'est inadmissible pour des jeunes comme nous. On nous exploite sauvagement. La sonnerie de mon portable me sortit de mes stupides pensées. A la vue du message reçu, je leva les yeux au ciel et souffla. Encore une fille du bahut qui n'arrête pas de me harceler pour qu'on se voit un de ces jours. Elle peut rêver. Elles peuvent toutes rêver. J'ai beau avoir un style de « bad boy » et un certain charme auprès de ces demoiselles, il ne faut pas se fier aux apparences. J'avoue être un grand timide et n'avoir eu qu'une seule relation sérieuse avec une fille. A croire qu'elles sont toutes attirées par les mecs inaccessibles et réservés. Un jour, il y a même une fille qui m'a offert un cadeau. Une casquette plus précisément. Bien choisie j'avoue, mais ce n'est pas ça qui me fera tomber amoureux d'elles. Elles sont vraiment idiotes si elles croient m'obtenir de cette manière. Soudain, je me releva d'un bond. En parlant de cadeau, l'anniversaire de ma mère approche à grands pas et je ne lui ai toujours rien acheté. Merde. Je pris mon porte feuille et dévala les marches à toute vitesse. Enfilant ma veste, j'attrapa les clés de la maison avec ma main gauche tout en écrivant de la main droite un petit mot à ma mère, au cas où elle rentrerait avant moi, prétextant que je dois passer chez Gustav pour un devoir. Je me choque moi-même de tout ce que je fais à la fois. Je suis multi fonctions. Après avoir fermé à clé, je couru dans la rue sous une fine pluie et me dirigea vers l'arrêt de bus le plus proche pour me rendre dans le centre ville. Pendant le trajet, je me creusa la tête pour trouver le cadeau qui ferait plaisir à ma mère. Pff... Je déteste choisir un cadeau pour les autres. Je suis nul. Je préfère largement en recevoir. Après être descendu du bus, je me dirigea vers quelques boutiques de fringues et de produits de beauté, puis me résigna enfin à entrer dans une jolie parfumerie. Je passa le seuil de la porte puis écarquilla les yeux devant l'immensité de cette boutique. Comment vais-je faire pour m'en sortir et surtout pour ne pas me perdre dans tout ça ? Observant passivement les parfums et produits de beauté en tout genre, je me surpris à bailler. Ca ne sert vraiment à rien ce que je fais. Je ne sais même pas où et comment chercher. Il faut que je demande à une vendeuse de m'aider. Mais avant même que je puisse en repérer une, derrière moi, une voix douce mais masculine, me fit sursauter.

- Je peux vous aider ?

A croire que ce vendeur avait lu dans mes pensées ou m'avait vu m'endormir à moitié devant les rayons. Je me retourna et me paralysa à la vue de cette personne. Un petit sourire ornait le visage fin de ce jeune homme. Ses longs cheveux couleur ébène volaient légèrement au dessus de ses épaules, au rythme de la porte du magasin qui laissait l'air froid s'engouffrer à chaque entrée ou sortie d'un client. Son piercing à l'arcade droite et ses yeux entourés de crayon noir rendaient son regard profond et irrésistible. Il ressemblait étrangement à une fille et pourtant, je voyais parfaitement qu'il était un homme. Grand et très mince. Ce côté androgyne lui allait à merveille, comme si ce style avait été fait pour lui. Reprenant mes esprits, je remarqua le petit badge accroché à son tee-shirt laissant lire le prénom de Bill. Je me décida enfin à lui répondre malgré la déstabilisation et la timidité qui m'envahissaient. Je bégaya lamentablement.

- Euh... o... oui... s'il vous... pl... plaît.

Il sembla surpris de ma réponse. En même temps, je le comprends. J'ai l'air tellement sûr de moi en apparence que je dois vraiment lui faire pitié maintenant. Putain. Il faut absolument que je me reprenne. La honte. Sa moue d'étonnement laissa ensuite place à un sourire. Peut-être n'ai-je pas l'air aussi con que je le croyais.

- Quel type de produit cherchez-vous ?
- Euh... Un... parfum...
- Homme ou femme ?
- Femme.
- Très bien. Suivez-moi.


Il m'entraîna dans le fond du magasin pour me présenter les différents flacons d'essences aromatisées. Après m'en avoir proposé, conseillé et fait sentir un grand nombre, j'opta pour le parfum Chanel N°5 sous les approbations de ce beau vendeur brun. Une fois à la caisse, ses yeux plongèrent dans les miens et il prit la parole.

- C'est un cadeau ?
- Euh... Oui oui.
- Très bien. Je vous emballe le parfum dans un beau papier argenté.
- Merci.
- C'est pour votre petite amie ?


Mon c½ur fit un bond à l'entente de sa question indiscrète. Mais je me surpris tout de même à vouloir lui dire que je n'avais personne dans ma vie. Je passa au dessus de ma timidité et lui répondit.

- Euh... non. C'est l'anniversaire de ma mère dans deux jours. Et euh... je n'ai... p... pas de... copine.

A mon grand étonnement, un sourire satisfait se dessina sur son visage. Je lâcha un petit rire nerveux sentant le rouge me monter aux joues. Il remarqua ma gêne et rigola d'une manière attendrie de mon attitude. Puis il rebaissa les yeux vers mon cadeau, l'emballa puis le mit dans un sac. Après avoir payé, j'attrapa le paquet qu'il me tendit. D'une voix déstabilisante, il me souhaita une bonne soirée. Je fis de même d'une façon maladroite puis m'éloigna rapidement avant de m'évanouir de gêne et de honte. Une fois dehors, j'inspira profondément la brise fraîche de la ville comme si mes poumons avaient été privés d'air durant mon séjour dans ce magasin. Je me remis les idées en place puis pris le dernier bus de la journée dans la direction inverse. La nuit était tombée et la pluie avait cessé. Une fois sorti du bus, je marcha vers chez moi et remarqua que ma mère n'était toujours pas rentrée. Je me rendis à l'étage, cacha le cadeau sous mon lit puis m'avachi sur la chaise de mon bureau. Je pris ma tête entre mes mains et pesta contre mon attitude pathétique face à ce sublime vendeur. Comment peut-on être aussi idiot face à un être humain ? Ce n'est qu'une personne. Un homme. Un mec. C'est surtout ça le problème. Peu expérimenté en matière de filles, je le suis encore moins en ce qui concerne les garçons. Mais j'avoue ne jamais avoir ressenti une sensation aussi agréable. Aucune fille ne m'avait fait un tel effet avant lui. Alors c'est ça le coup de foudre ? Les battements de c½ur qui s'accélèrent au premier regard ? Un bégayement incontrôlable à la moindre parole échangée ? Les mains qui deviennent moites à cause du stress et de la timidité ? Non. Ca fait trop cliché. Et pourtant. Sa beauté m'a coupé le souffle lorsque je l'ai vu. C'est si effrayant et excitant. Mais tellement nouveau pour moi. Qu'est-ce qui m'arrive ? Je n'ai pas l'habitude de me mettre dans cet état pour quelqu'un. Je suis parti tellement vite en plus. Je ne sais rien de lui, mise à part qu'il est vendeur dans une parfumerie, qu'il est absolument canon et que son prénom est Bill. Ce prénom qui résonne désormais dans ma tête. Mais enfin n'importe quoi. Il faut que je me reprenne. Putain. Je suis vraiment idiot. Ce garçon est un étranger. Je me fais des idées. Il est très beau mais je ne suis pas attiré. Je sais admettre et reconnaître la beauté d'un homme, mais impossible que j'en sois séduit. Il faut que je le chasse de mon esprit. Puis ce n'est qu'un mec. Pourquoi lui en particulier me ferait-il autant d'effet et pas un autre ? C'est n'importe quoi. Ce temps déprimant et la fatigue accumulée de ces derniers jours me rendent complètement idiot. En plus je ne suis pas gay. Tout ira mieux dans quelques jours.

[...]

Une semaine de merde. La plus atroce de toute mon existence humaine, résumée en quatre lettres. Bill. Pourquoi j'ai l'impression de le voir et de le sentir partout ? Depuis que ma mère s'asperge du parfum que je lui ai offert, je n'arrête pas de penser à lui. Chaque fois que quelqu'un me parle, j'ai l'impression d'entendre son prénom dans la phrase. Puis pourquoi a-t-il fallu qu'un gros con de ma classe s'appelle Bill ? Comment est-ce possible d'être humainement aussi obsédé par une personne quasi inconnue ? Sans doute improbable. Sauf que moi, je suis l'exception qui confirme la règle. Je ne suis plus concentré en cours. Je n'écoute plus mes potes me parler de leurs délires. Je ne dors plus sans rêver de lui. C'est simple. Je ne fais plus rien sans penser à lui. L'envie de le revoir me démange mais je m'empêche de franchir le pas. Comme si j'essayais de me persuader que je parviendrai à l'oublier. Comme chaque jour de la semaine, je rentre à pied du lycée. Une fois chez moi, je sauta sur le canapé, attrapant au vol la télécommande, et alluma la télé pour tenter de me changer les idées. Sans grand intérêt, je zappa sur de nombreuses chaînes pour finir par me stopper sur un jeu débile. A peine ai-je eu le temps de me poser tranquillement, que le présentateur de l'émission annonça l'arrivée d'un candidat du nom de Bill. Un jeune homme blond, loin d'être élégant, fit son entrée sous les acclamations du public. Et en plus il est fier d'avoir ce prénom ce connard. Si je le croise un jour, je l'étrangle. Même la télévision me fait penser à Bill. Putain. J'éteignis ce foutu poste d'un geste brusque, enfila ma veste et sorti de la maison en prenant bien soin de fermer à clé derrière moi. Pris d'un élan soudain, je couru, pris le bus et, une fois arrivé en ville, m'empressa de sortir de celui-ci, pour rejoindre la parfumerie où travaille mon bel inconnu. Une fois devant la boutique, je me stoppa net. Faisant disparaître mon impulsivité, ma lucidité reprit le dessus. Je détourna les talons pour reprendre le bus, mais au bout de quelques secondes, je m'arrêta. Le fait de savoir que Bill était à quelques mètres de moi et qu'il me fallait seulement franchir une porte pour revoir son visage angélique, m'incita à retourner vers le magasin. Je m'exécuta d'un pas tout de même hésitant. Mais une fois sur le point de fermer mes doigts sur la poignée, je me retourna à nouveau dans le sens inverse, inspirant un bon coup, comme pour me donner du courage. Pathétique. Mais d'un coup, j'entendis la porte de la boutique s'ouvrir. L'instant d'après, une main fine et manucurée me tapota légèrement l'épaule. Je reconnu de suite son odeur de la fois où l'on s'était rencontré. C'était lui. Bill. Mon c½ur allait exploser d'une minute à l'autre dans ma poitrine. Je ne savais plus ce que je devais faire. Je me sentais perdu et impuissant. Qu'est-ce qu'il m'arrive bordel ? Ce n'est pas dans mes habitudes de perdre mes moyens à ce point là. Mais la personne derrière moi m'évita de prendre une décision moi-même.

- Bonsoir ! Je vous vois hésiter à entrer dans la boutique depuis un bon moment.

Oh mein Gott la honte. Il m'a vu tourner comme un chien à travers la vitrine sûrement. Putain. Euh... je n'ai qu'une solution. Creuser un trou, me mettre dedans sans oublier de le reboucher soigneusement et ne plus jamais en sortir. Non. N'importe quoi. Déjà, je vais commencer par me retourner car ça ne doit pas vraiment l'enchanter de parler à un dos et des dreads blondes.

- Euh... Bonsoir...
- Pourquoi hésitiez-vous autant à entrer ? Il ne faut pas avoir peur.
- Mais je n'ai pas... peur... Je... Je... En fait... Je n'étais pas sûr que la boutique était bien ouverte.


La honte. Je le vois rire. Il doit sûrement se dire que je suis con.

- Aucune raison qu'elle soit fermée. La semaine dernière, vous êtes venu exactement à la même heure. Auriez-vous oublié ?

Comment oublier ? Comment t'oublier Bill ? Tu hantes mes pensées jour et nuit. Bon, on va le faire genre j'avais omis le fait que j'étais passé il y a exactement une semaine et un peu plus d'une heure.

- Ah oui effectivement ! Vous avez raison.
- Vous n'allez pas rester ici toute la soirée ? Puis moi, je n'ai pas le droit de rester dehors. Mes clients attendent. Venez.
- Euh... oui... d'accord. Merci.


Effectivement, une fois à l'intérieur, la chaleur de la boutique réchauffa instantanément mon corps frigorifié.

- Vous cherchez un cadeau pour qui cette fois-ci ?
- Euh... non... je...


Merde. Je n'ai pas pensé au prétexte de ma visite. Je suis vraiment trop con. En plus, j'ai seulement de l'argent pour le bus du retour. Je ne peux pas faire semblant d'acheter un petit truc.

- Je... je voulais... vous remercier de... de m'avoir conseillé pour le parfum. Ma mère était très contente.

Je suis trop fort. Je le vis sourire, devinant sûrement que le but de ma visite n'était pas de le remercier, mais de simplement le revoir. Un silence pesant s'installa entre nous deux. Puis au bout de quelques secondes, Bill se décida enfin à le briser.

- Je finis dans une vingtaine de minutes. Ca te dirait qu'on aille boire un petit café pas loin ? Et euh... je me permets de te tutoyer. Ca ne te dérange pas ?
- Euh... non... pas du tout. Au contraire.
- Très bien... Alors ? Pour le café ?
- Oui... Pas de problème.


Je lui fis un petit sourire timide qu'il me rendit par un clin d'½il avant de tourner les talons. J'ignore totalement pourquoi il me met dans des états pareils, et j'avoue que ça me fait à la fois plaisir et en même temps très peur. Ca a l'air tellement simple pour lui. Je me sens nul à côté. Mais comment peut-il s'intéresser à un type aussi maladroit et pathétique que moi ? Oh et puis merde. J'en ai marre de me poser toutes ces questions. Je suis pire qu'une fille. Je ne sais pas pourquoi je me suis autant pris la tête durant cette semaine. Je trouve ce garçon très attirant, il m'a proposé un petit café, j'ai accepté l'invitation et je vais apprendre à le connaître. Tout simplement. Puis aucune importance qu'il soit un homme. Il est sublime. C'est l'essentiel. Me mettant dans un coin, je l'observa discrètement conseiller ses clients. Il paraissait tellement sûr de lui. Sa façon de se tenir, de regarder et de marcher me faisait littéralement fondre sur place. Il était si élégant et sensuel. Découvrant que je le regardais du coin de l'½il, il me fit son plus beau sourire tout en retournant dans l'arrière boutique. Honteux, je baissa la tête tout en souriant timidement. Il suffisait que son regard se pose une seule seconde sur moi, pour que je perde tous mes moyens. Il était si beau et déstabilisant que mon c½ur manqua de rater un battement. Une vingtaine de minutes plus tard, comme il me l'avait dit, Bill termina. Il fit la bise à ses deux collègues féminines puis se dirigea vers moi, qui attendais à côté de la porte d'entrée. Sa main se posa légèrement dans le bas de mon dos afin de me faire avancer vers la sortie. Ce geste inoffensif me fit sursauter. Restant silencieux tout le long du chemin, Bill m'emmena dans un joli café à quelques mètres de la boutique où il travaillait. Nous entrâmes et nous nous installâmes dans un petit coin intime. Cette situation me mettait terriblement mal à l'aise et j'étais pétrifié. Voyant ma gêne, Bill me rassura en posant prudemment sa main sur la mienne. J'écarquilla les yeux et me retira brusquement du dessous de sa paume. J'étais terriblement mal face à lui et en même temps, j'étais certain qu'il pourrait me faire complètement oublier ma timidité. Ce que je ressentais était tellement contradictoire. Il fallait que je prenne le dessus de ma timidité étouffante. Je releva les yeux vers lui et découvris un voile de tristesse dans son regard. Mon geste brusque d'il y a quelques secondes avait du le vexer. Mais tout allait tellement vite pour moi. Mes sentiments se perdaient, s'entrechoquaient et se mélangeaient dans mon c½ur. Je n'avais pas l'habitude et je me sentais perdu face à lui. Mais il avait l'air si unique et précieux. Il fallait que je me ressaisisse. Je lui fis un petit sourire en signe d'excuse. Il sembla comprendre que je n'avais en aucun cas voulu lui faire de la peine, et me rendit mon sourire. Je souffla intérieurement de soulagement. Nous commandâmes alors deux cafés. Quelques instants plus tard, le serveur déposa sur la table nos deux commandes et nous laissa seuls. Une violente vague de stress s'immisça dans mon corps. Silencieux depuis que nous avions quitté la parfumerie, nos regards se croisaient timidement et nos mains se frôlaient dangereusement. D'une voix envoutante, Bill décida de briser le calme mystérieux qui régnait entre nous, tout en me fixant étrangement, le coude sur la table, son menton tenant sur sa main.

- Tu sais, depuis que je te regarde et que je t'observe, je viens de remarquer que j'ignore encore ton prénom. Tu connais sûrement déjà le mien.
- Oui Bill... Moi c'est Tom...
- Enchanté Tom.


Embarrassé de l'intérêt qu'il portait à mon égard, je rougis instantanément. Il était si intimidant. Il lâcha un petit rire moqueur et nous commençâmes à discuter réellement. Je me surpris à me sentir de plus en plus à l'aise au fil des minutes qui passaient. Malgré le côté très mystérieux de Bill, j'appris qu'il était mannequin et qu'il travaillait dans cette parfumerie provisoirement. Du haut de mes 18 ans, je su qu'il en avait 21. Tant que j'étais majeur, ça n'avait pas l'air de le déranger. Qu'il soit plus vieux ne me posait aucun problème à moi non plus. Bien au contraire. Assez discret sur sa vie intime, il me confia avoir été amoureux d'un seul garçon à l'époque du lycée et ne plus jamais avoir trouvé l'âme s½ur depuis. Sa déclaration me surpris étant donné la facilité avec laquelle il m'avait abordé. Il dégageait une grande assurance et semblait avoir l'habitude en matière de relations. Me dévoilant ainsi une partie de sa vie, je lui appris à mon tour, timidement, que j'étais en Terminale Littéraire et que je vivais seul avec ma mère sans n'avoir jamais connu mon père. Je lui raconta également mon unique relation de six mois avec une fille. A ses yeux, je pus deviner qu'il comprit que c'était la première fois que j'étais attiré par un homme. Et ainsi, nous continuâmes à discuter, rigoler et se découvrir. Déconnecté de toute réalité, je me sentais dans une bulle à ses côtés. Une bulle de bonheur. Le temps semblait passer à toute vitesse et à la fois s'être arrêté. Le sentiment qui m'avait envahi au premier regard entre nous deux ne cessait de s'intensifier au fond de moi. Mais la sonnerie de mon portable me ramena violemment sur Terre. Je décrocha et entendit la voix de ma mère m'ordonnant de rentrer immédiatement. Merde. Comme par hasard, il avait fallu qu'elle rentre plus tôt ce soir. En plus, j'avais oublié de la prévenir sur un petit mot de mon départ. Constatant que cela faisait presque trois heures que l'on discutait, nous nous levâmes tous les deux à contre c½ur. Sa présence m'apaisait totalement et je n'avais qu'une seule envie, le revoir. Je tenta timidement.

- Euh... Bill ça te dirait qu'on... qu'on... s... se...
- ... revoit ? Avec plaisir Tom. A quelle heure tu finis demain ?
- A 14 heures.
- Très bien. J'étais dans le même lycée que toi avant. Je t'attendrai à la sortie. C'est mon jour de repos.
- D'accord...


Sa main caressa tendrement ma joue droite, puis son index vint frôler mon piercing à la lèvre inférieure. Il plongea ses yeux noirs intenses dans les miens.

- A demain Tom.

Et il s'éloigna, me laissant seul, complètement perdu, et encore sous le choc d'un tel contact. Mon c½ur n'avait jamais battu aussi fort dans ma poitrine. Je me sentis alors défaillir sous le poids de ce sentiment unique et enivrant. Je crois que je suis entrain de tomber amoureux...

2/3

Hanté tout le reste de la soirée par Bill, le lendemain matin, je me réveilla en sursaut d'une mauvaise nuit par l'atroce sonnerie de mon réveil. Après avoir enfin émergé, mes pensées se tournèrent instantanément vers l'homme avec qui j'allais passer une partie de l'après-midi. Malgré ma peur, je n'avais qu'une seule hâte. Me retrouver à ses côtés malgré le peu de temps que l'on se connaissait. Ce matin-là, ma mère fut étonnée de me voir mettre autant de temps pour me préparer. Elle ria de mon attitude.

- Tu vas au lycée ou à une soirée ?
- Je ne vois pas pourquoi tu dis ça !?
- Je te connais Tom, comme si je t'avais faite.
- En même temps, c'est le cas maman... Bon... Tu ne devrais pas être au travail ?
- Ca va... Je ne suis qu'une infirmière, pas un médecin urgentiste. Bon... Je te laisse te faire beau pour l'heureuse élue. A ce soir mon chéri. Je t'aime.
- Moi aussi m'man.


Elle me fit un bisou sonore sur la joue puis partit à l'hôpital du centre ville. « L'heureuse élue ». Si elle savait... Je termina d'ajuster mon bandeau blanc puis mis une casquette noire. Un dernier coup d'½il dans le miroir de la salle de bain et je pris mon sac de cours. Gustav et Georg me rejoignirent comme d'habitude sur le chemin et nous discutâmes de tout et de rien. Une fois arrivés au lycée, la sonnerie retentit et nous nous dirigeâmes avec nonchalance vers nos salles respectives. La matinée fut ennuyeuse à mourir. L'heure à laquelle je devais retrouver Bill approchait lentement mais l'excitation et la peur de le revoir montaient en moi à une vitesse inconsidérable. Vers midi, je mangea rapidement avec mes potes et m'empressa de me rendre à mon dernier cours de la journée. Je pria le ciel pour que le temps passe vite et soupira de bonheur lorsqu'au bout d'une heure environ, la sonnerie annonça la fin des cours. Je me dépêcha de sortir de la salle et me rua dans les couloirs du lycée. Mais au bout de quelques secondes, courant sûrement un peu trop vite au milieu de tous ces étudiants, je percuta de plein fouet Gustav. Après quelques secondes, nous reprîmes nos esprits et je remarqua son regard interrogateur.

- Tu vas où comme ça ?
- Euh... ma mère m'attend pour faire les courses.
- Elle ne bosse pas toute la journée normalement ?
- Si... mais... euh... c'est son jour de repos aujourd'hui.
- Ouais... Je te rappelle qu'on devait se voir avec Georg et Andréas cette après-midi.
- Ah oui c'est vrai. Je suis désolé, je ne peux pas...
- Mais Tom o...
- La semaine prochaine d'accord ?
- Attends T...
- Ciao Gus' !


Et je me précipita en direction du portail d'entrée en zigzaguant entre les lycéens. Une fois dehors, je me stoppa et balaya des yeux le parking. Après quelques secondes d'observation, j'aperçu au loin, Bill, assis sur le capot de sa voiture noire, fumant une cigarette. Mon ventre se tordit dans tous les sens. Je pris alors mon courage à deux mains et m'avança prudemment vers lui. Je le distinguais de plus en plus et me surpris à le trouver terriblement sexy. Il portait une veste en cuir noir avec une fine écharpe blanche autour du cou, un pantalon gris légèrement délavé et des santiags noires. Ses cheveux coiffés en pétard lui donnait un côté sauvage et encore plus mystérieux. Mon c½ur battait à toute vitesse jusqu'à me le faire exploser lorsqu'il me vit enfin. Il tira une dernière latte, jeta sa cigarette et me fit un grand sourire. Lorsque je me trouva à quelques centimètres de lui, son regard se plongea une fois de plus dans le mien et je sentis le sol se dérober sous mes pieds. Sa voix envoûtante parvint à mes oreilles comme une douce mélodie.

- Tu vas bien Tom ?
- Oui... et toi ?
- Très bien... J'espère que tu aimes les surprises. Je t'emmène quelque part.
- Euh... oui... d'accord...
- Allez monte.


Je m'exécuta, sentant tous les regards intrigués des élèves se poser sur Bill et moi. A mon grand étonnement, cette situation me plu et je souri mentalement. Une fois installé dans la voiture spacieuse du beau brun, j'attacha ma ceinture et Bill démarra. Nous roulâmes silencieusement durant une vingtaine de minutes puis nous garâmes devant un grand immeuble. En sortant de la voiture, il me fit signe de le suivre. Nous entrâmes dans le bâtiment, nous retrouvâmes dans le grand hall d'entrée luxueux et nous dirigeâmes vers l'ascenseur. Une fois dedans, je remarqua vingt-quatre boutons et Bill appuya sur le numéro seize. Je sursauta lorsque nos deux corps se rapprochèrent inopinément au départ de l'engin. Je baissa la tête pour cacher mes joues rougies, puis senti sa main me soulever le menton. Je tenta de ne pas me laisser intimider. Une décharge électrique parcouru mon corps entier lorsque le regard de Bill entra en contact avec le mien. Ses iris noirs me fixaient avec intensité et, yeux dans les yeux, nous nous regardâmes ainsi jusqu'à ce que l'ascenseur arrive à destination. Les portes s'ouvrirent sur un grand couloir blanc et je suivi Bill vers la sortie. Nous prîmes la seconde porte à gauche et je découvris une sorte de grand studio avec des éclairages, des appareils photo et des gens qui s'agitaient dans tous les sens. Une petite femme blonde visiblement stressée se rua sur nous.

- Bill tu es enfin là ! La séance ne va pas tarder à commencer. Va te préparer. Dépêche-toi.

Elle repartit aussitôt, sans laissant le temps à son interlocuteur de répondre et ignorant complètement ma présence. Je me sentis tout à coup très mal à l'aise. Remarquant ma gêne, Bill prit la parole et m'expliqua la situation.

- Comme tu le sais, je viens de commencer ma carrière en tant que mannequin. J'ai une séance photo cette après-midi pour mon nouveau book. J'ai voulu t'emmener pour que tu vois ce que je fais.
- Euh... d'accord.


Je trouva l'idée assez étrange de m'emmener dans une agence de mannequinat pour un premier vrai rendez-vous. Mais au bout d'une trentaine de minutes, lorsque je le vis arriver en tenue, maquillé et coiffé différemment, j'écarquilla les yeux en pensant que ce n'était peut-être pas une si mauvaise idée d'être venu ici. Le maquillage noir de ses yeux était encore plus marqué. Ses cheveux sombres, parfaitement lissés, contrastaient avec sa peau blanche. Il portait des santiags noires, un pantalon moulant blanc, une ceinture noire en forme de tête de mort, un pull noir à col roulé très près du corps et une longue chaîne en argent autour du cou. Il était magnifique. Il s'avança vers moi félinement et me regarda avec malice.

- Alors je te plais comme ça Tom ?

Je déglutis bruyamment ne sachant plus quoi faire ni quoi répondre. Mais l'assistante de Bill l'appela pour commencer la séance, me sauvant d'un moment très embarrassant. Il me sourit et me fit un clin d'½il avant de s'éloigner vers son photographe. Pendant une heure environ, il enchaîna pose sur pose et changea plusieurs fois de tenues, toutes plus belles les unes que les autres. Les flashs de l'appareil ne cessaient de retentir dans toute la pièce, immortalisant la beauté et la sensualité de Bill. Il était si mince, si grand et si charismatique. Je resta bouche bée lorsque nous découvrîmes les centaines de photos différentes du beau brun. Je n'avais jamais vu une personne avec une telle photogénie et une présence aussi prononcée. Bill semblait fier des clichés et regardait ma réaction à chaque nouvelle photo.

- Bon c'est pas mal Bill. On a fait du bon boulot. On se retrouve ce soir pour choisir les meilleurs clichés d'accord ?
- Pas de problème David.


Et le dénommé David quitta la pièce après avoir rangé son matériel. Puis Bill s'adressa à moi.

- Je reviens dans une minute. Je vais me changer.
- D'accord...


Il tourna les talons et je me retrouva une fois de plus seul au milieu de tous ces étrangers. Quelques instants plus tard, Bill refit son apparition et se dirigea vers son assistante. Ils s'échangèrent quelques paroles puis acquiescèrent tous les deux se mettant sûrement d'accord pour quelque chose. Au bout d'un moment, tout le monde fut parti et je découvris que nous étions seuls dans le studio. Il revint vers moi et m'attrapa par la main en m'entraînant plus loin.

- Je me suis arrangé pour qu'on puisse rester ici un peu. J'espère que tu ne t'es pas trop ennuyé.
- Non pas du tout... au contraire...
- Tu as aimé ?
- Bien sûr... Tu es très beau tu sais...
- Je te remercie. Tu sais, tu es loin d'être déplaisant Tom. Bien au contraire.


Il me fixa durablement comme pour me faire passer un message, puis il continua.

- J'avais envie de passer un peu de temps seul avec toi pour notre premier rendez-vous. Alors, on commande des pizzas ?
- Oui si tu veux.
- C'est parti !


Et c'est ainsi que commença notre après-midi de folie à deux. Peu à peu, ma timidité se dissipait et je me sentais vraiment à l'aise à ses côtés. Il parvenait à me mettre en confiance et à me faire oublier la gêne que j'avais à son égard. Je ne m'étais jamais autant amusé en si peu de temps. Nous commandâmes quatre pizzas, discutâmes longuement apprenant à se connaître de plus en plus, se courûmes après comme des gamins et rigolâmes de tout et de rien en se chatouillant. Je me surpris même à me sentir à l'aise lorsque Bill joua le rôle du photographe et moi de la star devant les projecteurs. Nous prîmes des centaines de photos toutes plus nulles les unes que les autres se prenant un fou rire à chaque minute. En fin d'après-midi, vers 18h, je lui appris que je devais rentrer étant donné la tonne de devoirs qui m'attendait. Nous rangeâmes rapidement la pièce de notre désordre et quittâmes l'immeuble. Il me ramena chez moi sous mes indications. Une fois devant ma maison, nous sortîmes tous les deux de la voiture. Bill en fit le tour pour se trouver en face de moi. Une fois de plus, son regard se plongea un moment dans le mien puis glissa lentement vers mes lèvres. Mon c½ur fit un bond lorsque je le vis se rapprocher de moi. Sa main droite vint se placer sur ma joue puis glissa derrière mon cou. Sa bouche effleura la mienne et il fit de légères pressions en surface. Puis il se détacha un peu tout en me regardant dans les yeux et revint humidifier mes lèvres avant d'ouvrir légèrement la bouche pour m'embrasser. Je cru mourir lorsque sa langue entra en contact avec la mienne. Nos yeux se fermèrent spontanément et les extrémités de nos muscles se touchèrent avec tendresse. Il plaça son autre main dans le bas de mon dos en me rapprochant de lui et notre étreinte fut plus passionnée et fougueuse. Son piercing, dont je n'avais pas remarqué l'existence jusqu'à maintenant, me fit frissonner. Je ne pus retenir un gémissement étouffé et le sentis sourire à travers notre baiser. Nos langues se liaient et s'entrechoquaient dans une folle danse durant quelques instants jusqu'à ce que Bill se détache pour nous permettre de reprendre nos souffles. Il sourit et me regarda fixement avant de regagner l'intérieur de sa voiture. Mais avant de partir, il descendit la vitre de la portière droite et me tendit un petit papier où était inscrit son numéro de téléphone.

- J'attendrais ton appel Tom.

Il mit le contact et démarra, me laissant seul devant chez moi, légèrement sous le choc. Restant immobile quelques minutes, je repensa au baiser que Bill m'avait donné. Jamais on ne m'avait embrassé d'une telle façon. C'était si passionné et unique. J'en ai encore des papillons dans le ventre et des étoiles pleins les yeux. Je me décida tout de même à rentrer au chaud malgré la difficulté que j'avais à sortir de ma rêverie. Un sourire niais collé au visage toute la soirée, ma mère devina que ma journée s'était passée à merveille lorsqu'elle rentra du travail. Dans ma chambre, je me saisi de ma guitare et joua un air qui renvoyait ce que je pouvais ressentir. De la joie. De la douceur. De l'amour. C'est là où je me rendis compte que ma relation de six mois avec mon ancienne copine n'était rien face à ces instants passés aux côtés de Bill. Avec lui, c'est si différent et tellement plus puissant. Je rentra son numéro de téléphone dans mon portable et hésita à l'appeler. Après cette journée riche en émotions, j'étais complètement épuisé et je manquais cruellement de sommeil. Je l'appellerai plus tard malgré mon appréhension. Je me glissa dans mon lit et plongea sans aucune difficulté dans les bras de Morphée.

[...]

Au lever du soleil, mon réveil me sorti une fois de plus du monde des rêves dans d'horribles conditions. Une journée de plus commençait et je me sentais différent. Comme amoureux. Bill avait réussi à entrer dans mon c½ur en peu de temps et j'avais l'étrange sensation qu'il n'en sortirai plus. C'était la première fois qu'un tel sentiment se propageait en moi. Je me prépara rapidement à cause du retard que j'avais pris à penser à Bill et quitta la maison en direction du lycée après avoir déjeuné en vitesse. Gustav et Georg s'approchèrent de moi à l'angle de la rue. Ils semblaient plutôt énervés et je pris peur lorsque le regard de tueur de Georg se posa sur moi.

- Qu'est-ce qui t'as pris hier de nous planter comme ça ?
- Georg calme t...
- Non Gustav je ne me calmerais pas. Tom nous a laissé tomber hier. Hein Tom ?
- Euh... les gars... j'étais occupé. Je suis dés...
- Tu crois qu'on l'a gobé ton histoire de faire les courses avec ta mère ou quoi ? Putain... Depuis qu'on se connaît tu ne nous as jamais planté pour rien. Même quand t'étais avec Nina l'année dernière. Et pourtant ça a duré six mois votre histoire.
- Je sais. Je suis vraiment désolé les mecs... J...
- C'est qui ?
- De quoi ?
- La fille avec qui t'étais hier après-midi.
- Je n'étais pas avec une fille Georg.
- Tu vas me dire que si tu nous as lâché c'était pour faire les courses avec ta mère alors ?
- Je...
- C'est vrai remarque. A choisir entre une après-midi supermarché avec sa mère et une après-midi musique entre potes, je prends le premier choix sans hésitation. Te fous pas de nous. La guitare c'est ta passion depuis que t'es gosse.
- Bon d'accord... Je n'étais pas avec ma mère. Mais je n'étais pas avec une fille non plus.
- T'étais avec qui alors ?
- Georg... Arrête s'il te plaît. Tom n'a aucun compte à nous rendre. Nous sommes ses potes mais s'il n'a pas pu venir hier, il doit avoir ses raisons. Laisse-le.
- Pff... Je suis désolé de m'emporter comme ça mec.


Georg me mit une tape amicale dans le dos.

- C'est rien, t'en fais pas. Je peux comprendre.

L'envie de leur dire avec qui j'étais hier me démangeait terriblement mais au fond de moi, je ne me sentais pas encore prêt à leur avouer. J'étais certain qu'ils seraient compréhensifs et accepteraient mon choix, mais je n'assumais pas encore assez le fait d'être attiré par le sexe masculin pour en parler autour de moi. Je ne sais pas si je pouvais appeler ce qui m'arrive de l'homosexualité, c'était encore trop nouveau pour moi, mais Bill m'attirait. L'envie de le revoir me rongeait le c½ur à chaque minute de plus qui passait. Je ressentais de l'amour et du désir pour lui. Je n'étais même pas certain si de son côté c'était réciproque. J'avais tellement de mal à lire en lui et à cerner sa personnalité. Mais je crois que c'est ça qui me plaisait chez lui. Son côté mystérieux, fougueux et sûr de ce qu'il faisait. Et son visage. Il était tellement sublime que j'avais l'impression de pouvoir crever à chaque moment où je croisais son regard.

- Tom ? Tooom ?
- Hein ? Quoi ?
- T'as intérêt à vite nous dire ce que tu foutais hier parce que je te dis pas l'air que tu tires depuis tout à l'heure. On dirait que t'as vu un ange.


Georg n'avait pas tout à fait tord. Je lui souri gentiment.

- T'as de l'imagination toi. Je vous le dirais un jour, ne vous en faîtes pas...

Et nous continuèrent notre chemin. Eux, avec en tête des questions sans réponses sur ce que je leur cachais, et moi, avec des étoiles pleins les yeux en pensant à mon ange aux yeux noirs.

[...]

Deux jours passèrent et je n'avais toujours pas appelé Bill. Ce n'était pas l'envie qui me manquait mais plutôt l'angoisse qui m'en empêchait. Mais je décida tout de même de faire abstraction de ma timidité et de prendre le dessus pour une fois. J'étais tellement impatient de lui parler et de le revoir que je me trouva complètement ridicule de pas l'avoir appeler plus tôt au lieu de me morfondre pour rien. Je pris mon portable après l'avoir chercher pendant quelques minutes, jusqu'à ce que je me rende finalement compte qu'il se trouvait dans ma main droite, et chercha dans mon répertoire le nom de Bill. Une fois trouvé, après quelques secondes d'hésitation, j'appuya sur la touche verte et porta le téléphone à mon oreille. A mon grand soulagement, je pu constater que ça sonnait. Une fois. Deux fois. Trois fois. A la quatrième fois, la sonnerie s'arrêta.

- Allô ?

Je ne reconnu pas la voix douce et légèrement cassée de Bill.

- Bill ?
- Non. T'es qui toi pour l'appeler ?


Le ton que prit cet inconnu avec moi me fit sursauter. Mon c½ur accéléra instantanément.

- Euh... Je suis Tom... J'ai passé une après-midi avec Bill il y a quelques jours.
- Et alors ?
- Je pourrais lui parler ?
- Il est à la douche. Puis de toute façon, pourquoi je te le passerais ? Il ne m'a jamais parlé de toi. Je ne te connais pas.
- J... euh... et vous, qui êtes-vous pour répondre sur son portable ?


L'homme rigola. Son rire moqueur résonna dans mes oreilles. Puis il s'arrêta net et reprit la parole d'une voix effrayante.

- Qui je suis ? Son mec tout simplement.

Et il raccrocha.

3/3

Ma main trembla et manqua de lâcher le téléphone. Immobile au milieu de ma chambre, les mots que cet homme avait prononcé résonnaient dans ma tête. Quelques secondes s'écoulèrent sans que je ne bouge. Puis comme une énorme claque sur la joue, la réalité me percuta de plein fouet. Un rire nerveux et incontrôlable me prit soudain. Vu de l'extérieur, j'avais l'air d'un fou. Un fou furieux qui s'étouffait de rire d'avoir cru une seule seconde que Bill pouvait être sincère. C'était trop beau pour être vrai. Je me calma, posa mon téléphone sur ma table de nuit et m'allongea sur mon lit froid. Je fixa le plafond et sentis de petites perles humides glisser le long de mes tempes pour finir dans mes dreads. Je me sentais si coupable de m'être attaché ainsi. C'était ma faute. Pourquoi lui avais-je fait confiance aussi rapidement ? J'essuya ces larmes inutiles d'un geste brusque et ferma les yeux, tentant de m'endormir pour oublier. Oublier le regard intense de ses yeux noirs. Oublier l'odeur de son parfum. Oublier le goût de ses lèvres. Oublier Bill. Mais mon téléphone me fit sursauter. Je ne bougea pas pour autant. Le vibreur cessa enfin mais recommença de faire trembler ma table de nuit quelques secondes après. Je me releva d'un bond, l'éteignit férocement sans regarder le nom de celui ou celle qui m'appelait et me recoucha.

[...]

Un peu plus d'une semaine était passée depuis ma discussion téléphonique avec « le mec de Bill ». Ma vie reprenait son chemin habituel, divisée entre la maison, le lycée, les potes et les devoirs. Tout était redevenu à la normale. Enfin presque. Seule chose inhabituelle. Bill rôdait toujours dans mon esprit sans que je ne l'y autorise. Le fait de me forcer à ne pas répondre à ses appels quotidiens et de l'éviter plusieurs fois à la sortie de mon lycée lorsque je le voyais me chercher, ne me facilitaient pas la tâche pour parvenir à l'oublier. Au contraire. C'était encore plus dur. Il avait même essayé de me rendre visite en venant chez moi un soir. Le voyant arriver par la fenêtre, je ne répondis pas à la sonnerie de la porte d'entrée et à l'appel de mon prénom. Ironie du sort. Plus je le sentais loin de moi, plus je m'attachais. Et pourtant, Dieu seul sait si je luttais pour le chasser de mon c½ur. La sonnerie retentit dans le lycée et les élèves se précipitèrent vers la sortie en cette fin d'après-midi pluvieuse. Accompagné de mes potes, je fis comme tout le monde. Mais je sentais le regard de Gustav pesait sur moi. Je tourna la tête d'un geste brusque et lui fit un regard noir.

- Quoi ?
- Calme-toi Tom ! Qu'est-ce qui t'arrive depuis une semaine ? En plus, ça ne te ressemble pas d'être agressif comme ça.
- Ouais sûrement.
- Tom...
- Putain ta gueule Georg ! C'est bon, je n'ai rien à vous dire. Laissez-moi bordel !


Et je me précipita vers les grilles du portail, impatient d'être chez moi, seul. Je fis quelques mètres et dépassa pratiquement le parking lorsque je sentis une main me prendre le bras afin que je me retourne. Une odeur particulière s'immisça à l'entrée de mes narines. Bill. Il m'obligea à lui faire face.

- Tom... Ecoute moi je t'en supplie.

Sans un mot ni aucune réaction, je tentai vainement d'arracher mon bras de l'emprise de ses mains. Mais il fut plus fort et m'obligea à le regarder dans les yeux en prenant ma tête dans ses mains glacées. Mon c½ur fit un bond.

- Tom ! Regarde-moi ! Tom... Regarde-moi bordel ! C'était une erreur la dernière fois. Je te jure. Ce n'est pas ce que tu crois. Je peux tout t'expliquer...

Mes yeux menaçaient de laisser couler la déception et la tristesse que je ressentais depuis cet incident.

- Je t'en supplie. Laisse-moi t'expliquer... Ce mec n'est pas celui que tu crois. Ecoute Tom... c'est mon ex d'accord. C'était il y a quelques mois, il me plaisait bien et c'était réciproque. Nous nous sommes fréquentés pendant quelques semaines puis je l'ai quitté. Je ne l'appréciais pas assez pour envisager une relation plus longue avec lui. Je sais, je ne t'en ai pas parlé et je t'ai dit que je n'avais connu personne d'autre depuis l'époque du lycée, mais pour moi, il ne représente strictement rien à mes yeux. Je ne voyais pas l'intérêt de t'en parler. Mais l'autre jour quand tu as appelé, il est passé chez moi. Il s'obstine à vouloir me revoir et à croire que l'on est à nouveau ensemble. Je suis désolé que tu sois tombé sur lui.

Pour la première fois, je pris la parole, sans me laisser déstabiliser par son regard, me donnant un air de faux vainqueur.

- Et toi tu étais à la douche pendant ce temps ? Il vient te voir et toi tu prends une douche ?

Je rigola de ma constatation puis me reprit en m'éloignant.

- Ecoute... Tu n'as pas de compte à me rendre et je n'ai pas à te faire une crise. Tu fais ce que tu veux de ta vie. Nous ne sommes pas ensemble de toute façon.
- Non Tom... Regarde moi... Je sais que je te plais. Et tu me plais beaucoup aussi... Je comprends ta réaction... J... Je n'ai pas l'habitude de dire des choses comme ça à quelqu'un. Depuis mon premier amour, c'est la première fois que je ressens un truc aussi fort en moi. C'est toi qui me le procure Tom. Ce mec que t'as eu au téléphone ne représente plus rien pour moi. Il est passé ce matin là, je venais de me lever et je lui ai dit qu'il avait intérêt à être parti lorsque j'aurai pris ma douche. Tu as appelé au mauvais moment... Je suis désolé qu'il ait répondu. Je lui ai réglé son compte tellement je lui en voulais d'avoir fait ça... à toi... j'attendais ton appel avec tellement d'impatience...


Je me surpris à avoir de la peine pour lui. Ses yeux brillaient de colère et son souffle était saccadé. Il s'en voulait et se démenait de toutes ses forces pour justifier ce quiproquo. Je me sentis idiot de m'être comporté ainsi durant une semaine entière. C'était la première fois que je le voyais aussi faible devant moi. Lui, qui du peu que je le connaissais, était si sûr de ce qu'il faisait. Je me rendis compte que ce geste lui avait demandé un effort considérable et qu'il m'avait dévoilé une partie de son c½ur. Je fus attendri et pris mon courage à deux mains en déposant tendrement mes lèvres sur les siennes.

[...]

Le weekend était enfin arrivé après cette semaine riche en émotions. Je regrettai aussitôt de m'être levé à 13h lorsque je vis la masse de devoirs qui m'attendait patiemment. J'aurai préféré dormir jusqu'à Lundi. Je commençai tout de même mon après-midi en me douchant puis en téléphonant à Georg et Gustav pour leur présenter mes excuses de mon comportement de l'autre jour. Ils ne posèrent pas plus de questions et furent compréhensifs. Après, je m'attaquai à la tonne de devoirs étalée sur mon bureau jusqu'au soir. Je détestais rester enfermer pour bosser mais il le fallait bien si je voulais réussir. Une fois fini, je descendis voir ma mère qui était rentrée de l'hôpital et mangea un morceau. Puis j'entendis au loin mon téléphone sonner. Je me levai de la chaise et me précipitai dans les escaliers, manquant de m'étaler par terre. Une fois dans ma chambre, je sautai à plat ventre sur mon lit et me saisi du téléphone qui cessa de sonner une fois dans mes mains. Et merde. Je regardai la cause de la soudaine agitation de mon téléphone et vit que Bill m'avait appelé. Je souris de toutes mes dents à la vue de son prénom sur le petit écran en couleurs et attendis qu'il me rappelle. La veille, après m'avoir tout expliqué sur son ex, Bill m'avait déposé chez moi en me promettant que cette fois-ci, il m'appellerait le lendemain. A peine trois semaines que l'on se connaissait et une vague d'amour m'avait déjà submergé. Cela semblait fou et irréel mais je ne voulais plus me préoccuper de toutes ces questions inutiles qui traînaient dans ma tête. Ce petit incident était oublié et je savais désormais que je pouvais lui faire confiance. Et le fait qu'il m'ait dévoilé une partie de ce qu'il ressentait pour moi, suffisait à me faire prendre conscience qu'il fallait que je profite et que j'arrête de me torturer l'esprit. Je tenais vraiment à lui et me sentais amoureux. Le téléphone sonna à nouveau dans mes mains et me fit sursauter. Mais je ne tarda pas pour autant à décrocher.

- Allo ?
- Alors, tu as passé une bonne journée Tom ?
- Pas terrible. J'ai révisé toute l'après-midi. Et toi ?
- J'ai bossé à la parfumerie comme d'habitude. Ca te dirait de sortir un peu ce soir ?
- Oui sans problème.
- Très bien je t'attends. A tout de suite.


Et il raccrocha aussitôt. Il m'attend ? De quoi ? Pourquoi il a raccroché ? Je m'habillai tout de même en jetant un coup d'½il à mon reflet. Je me coiffai et me mit du parfum. Je décidai de le rappeler lorsque je compris ce qu'il avait voulu dire. Je dévalai les marches en prévenant ma mère que je sortais et ouvrit la porte d'entrée. La voiture noire de Bill était garée devant chez moi. Il m'attendait, adossé à la portière du côté passager. Je m'approchai.

- T'en as mis du temps Tom.
- Il fallait bien que je me fasse beau.


Il me sourit tendrement lorsque je pris à nouveau la parole.

- Et si j'avais refusé de sortir ce soir ? Tu serais venu pour rien.
- Je savais que tu accepterais mon invitation.


Il me fixa intensément et effleura du bout des doigts mon piercing.

- Si tu savais comme tu es beau Tom...

Et il m'embrassa ne me laissant pas le temps de répondre. Au moment où ses lèvres touchèrent les miennes, je basculai dans un autre monde. Me laissant guider par ses gestes, je savourai cet instant magique mais éphémère. Nous nous détachâmes l'un de l'autre et entrâmes dans sa voiture. Il m'emmena au cinéma puis m'invita dans un petit bar-restaurant. Une soirée en apparence banale mais ces moments avec lui avaient une valeur différente à mes yeux. J'adorais découvrir et partager ces instants à ses côtés. C'était si unique. On en apprenait de plus en plus l'un sur l'autre et c'était le plus important. Plus le temps passait et plus je me voyais faire un petit bout de chemin avec lui.

[...]

- Tom ! Tooom ! Arrête !!!
- D'accord. Mais seulement quand j'en aurai marre !


Bill ne pouvait plus s'arrêter de rire tellement je le chatouillais. Mais sous ses implorations, je me stoppa finalement, trouvant que je l'avais assez fait souffrir. Deux mois étaient passés depuis l'incident avec son ex et nous étions désormais un couple. Je ne le cachais plus à Georg et Gustav depuis peu, et comme je m'y attendais, ils avaient été très compréhensifs. Ma mère n'était pas au courant mais je savais qu'elle s'en doutait fortement. Bill passait régulièrement chez moi depuis quelques jours et, malgré le fait qu'elle faisait semblant de n'être au courant de rien, elle n'était pas dupe. Elle attendait sûrement que je lui en parle moi-même. Chose qui prendrait du temps.

- T'es vraiment un connard !
- Ce n'est pas beau la vulgarité venant de toi Bill !
- Je m'en fous parce que c'est tout ce que tu es Tom. Un C-O-N-N-A-R-D !
- Je te remercie.


Et Bill se rua sur moi pour se venger de sa séance chatouillages. Je ne pouvais m'empêcher de rire devant le faux air haineux qu'il prenait envers moi. Et c'est ainsi que continua notre samedi après-midi chez moi. Mon amour pour lui grandissait chaque jour un peu plus depuis le début de notre relation. Je n'avais encore jamais avouer mon amour à Bill, au contraire de lui. Sa déclaration m'avait surprise. Nous étions dans son appartement entrain de finir un dîner qu'il avait préparé lui-même. Ce soir-là, il avait enlacé ses doigts aux miens et m'avait avoué qu'il m'aimait. Je me souviendrai toute ma vie de ses yeux noirs plongés dans les miens et de ses mots. « Je t'aime Tom ». La phrase la plus simple au monde mais pourtant la plus puissante et la plus difficile à prononcer. Je ne voulais pas qu'il croit que je n'étais pas amoureux. Mais ma gorge se nouait chaque fois que j'essayais de sortir ces trois mots. Ce que je ressentais pour lui était tellement fort, qu'un simple "Je t'aime" ne suffirait pas. Il semblait comprendre ma gêne et se montrait très patient. Mais malgré le temps que nous passions ensemble, je restais parfois toujours timide. Egal à moi-même dirons-nous. Certains de ses gestes me mettaient mal à l'aise et j'avais dû mal à m'y habituer. Plusieurs fois, sa main s'était retrouvée sous mon tee-shirt et ses baisers étaient descendus dans mon cou. Mais gentiment, je le repoussais, lui faisant comprendre que je n'étais pas encore près, malgré mon envie. Il n'insistait pas. Ma peur était dû au fait que j'aimais Bill plus que n'importe qui. C'était la première fois que je tombais réellement amoureux de quelqu'un et la peur de mal faire était présente. Mais j'étais également pétrifié car Bill était un homme. Et cette expérience était pour moi inconnue, donc encore plus effrayante.

- A quoi penses-tu Tomichou ?
- A toi qui vient de me sortir un surnom atroce Billouchou.
- Celui que tu viens de me donner est encore plus immonde.
- J'avoue. Bon je m'arrêterai à Billou. Et toi à Tomi ! D'accord ?
- Marché conclu.


Et il se blotti dans mes bras me reposant sa question.

- Je pense à nous deux... Et je me sens heureux à tes côtés Bill.
- Moi aussi je me sens heureux avec toi sur ce lit. Il est vraiment confortable.


Nous nous regardâmes longuement puis explosâmes de rire. Puis Bill reprit son sérieux.

- Moi aussi je suis heureux avec toi Tom, et tu le sais.

Il détourna la tête, se plaça au dessus de moi et me fixa, avant de poser délicatement ses lèvres sur les miennes. Les yeux fermés, je répondis à son doux baiser. Sa langue se maria à la mienne et je me laissai envahir par cette sensation unique. Instinctivement, j'écartai les jambes et les enroulai autour de sa taille afin que nos torses se collent un peu plus l'un à l'autre. C'était la première fois que j'allais aussi loin avec lui. Il sembla surpris de mon changement d'attitude et stoppa notre baiser.

- Ca va Tom ?
- Oui pourquoi ?
- C'est la première fois que tu te laisses faire.


Je sentis le rouge me montait aux joues et baissai les yeux.

- Oui je sais... Mais j'en ai envie Bill. J... Je... J'ai peur parce que... avant je n'ai... jamais vraiment fait ça... enfin si... mais... avec mon ex copine on l'a déjà f... fait... m... mais avec toi c'est... d... différent... tu comprends ?

Il sourit de mon attitude et m'embrassa chastement.

- Tom... ne t'en fais pas. Je sais que c'est la première fois pour toi avec un homme mais il ne faut pas avoir peur. Je suis là pour te guider.
- Oui... d'accord...
- Puis je sais que tu en as envie.


Je rougis encore plus à l'entente de sa phrase et ne répondit rien.

- Je te désire comme jamais... Si tu savais comme tu es beau. J'ai tellement envie de toi.

Il déposa des milliers de baisers en surface sur ma bouche puis se détacha.

- Tu me rends fou Tom...

Il plaqua à nouveau sa bouche contre la mienne commençant un baiser sauvage auquel je répondis. Sa soudaine pulsion me donna du courage et j'osai glisser mes doigts dans son dos. Je plaçai mes mains sous son tee-shirt et les baladai sur ses omoplates en descendant sur sa chute de rein. Sa peau était si douce. Ses légers gémissements m'incitèrent à continuer mes mouvements et je sentis une érection se former sous son pantalon. Il donna quelques très légers coups de bassins faisant lentement monter notre excitation. A bout de souffle, il détacha ses lèvres des miennes et se releva, se mettant à califourchon sur moi. Il retira ma casquette puis mon bandeau et les envoya balader. Ses mains attrapèrent le bas de mon tee shirt et le souleva. Je me trouvai torse nu sous son regard envieux. Alors qu'il était toujours entièrement habillé, je me décidai à également lui enlever ce bout de tissu gênant. Mes joues s'enflammèrent tandis que ses mains se perdaient sur mes abdos. Puis un de ses doigts vint retracer mon nombril en le faisant tourner autour. Je fermai les yeux de bien-être en plaçant mes mains sur ses hanches. Je me saisi de l'élastique de son boxer qui dépassait de son jean et le fit légèrement claquer contre sa peau. Il stoppa ses mouvements sur mon ventre puis se rapprocha de mon visage. Il s'arrêta au moment même où nos lèvres s'effleurèrent. Mon souffle pénétrai dans sa bouche et je soupirai de frustration lorsque sa tête se nicha dans mon cou. Il me couvra de baisers furtifs puis suçota ma peau blanche. Grognant d'impatience, je lui ordonnai de déboutonner mon jean sentant la douleur de mon sexe devenir plus forte. Il s'exécuta et fit glisser le vêtement le long de mes jambes jusqu'à ce qu'il tombe à terre. Il remonta vers moi et mordilla mon téton droit me faisant frissonner. La bosse apparente sous mon boxer était de plus en plus imposante, ce qui n'échappa pas à Bill. Il souffla sur ma peau fragile et descendit vers le point ultime. Ses pouces attrapèrent mon boxer et le baissèrent lentement afin de laisser apparaître mon sexe gorgé de désir. Il sourit à la vue de mon membre dressé et je ne pus m'empêcher de rougir de honte. Je détournai la tête.

# Enviado el lunes 07 de julio de 2008 06:04

Modificado el domingo 05 de abril de 2009 06:52

[The End]

[The End]
J'aime toujours Tokio Hotel mais je n'écris plus sur eux et je ne lis plus de fictions. Il y en a toujours qui continueront et prendront la relève. Je n'abandonne rien. Je tourne seulement une page. Le livre n'est pas fermé et ne le sera jamais avec ces quatre gars... Je ne vous oublierai pas.

# Enviado el domingo 01 de marzo de 2009 06:48

Modificado el martes 08 de septiembre de 2009 06:00