- A demain Tom !
- A demain les gars !
- Je peux vous aider ?
A croire que ce vendeur avait lu dans mes pensées ou m'avait vu m'endormir à moitié devant les rayons. Je me retourna et me paralysa à la vue de cette personne. Un petit sourire ornait le visage fin de ce jeune homme. Ses longs cheveux couleur ébène volaient légèrement au dessus de ses épaules, au rythme de la porte du magasin qui laissait l'air froid s'engouffrer à chaque entrée ou sortie d'un client. Son piercing à l'arcade droite et ses yeux entourés de crayon noir rendaient son regard profond et irrésistible. Il ressemblait étrangement à une fille et pourtant, je voyais parfaitement qu'il était un homme. Grand et très mince. Ce côté androgyne lui allait à merveille, comme si ce style avait été fait pour lui. Reprenant mes esprits, je remarqua le petit badge accroché à son tee-shirt laissant lire le prénom de Bill. Je me décida enfin à lui répondre malgré la déstabilisation et la timidité qui m'envahissaient. Je bégaya lamentablement.
- Euh... o... oui... s'il vous... pl... plaît.
Il sembla surpris de ma réponse. En même temps, je le comprends. J'ai l'air tellement sûr de moi en apparence que je dois vraiment lui faire pitié maintenant. Putain. Il faut absolument que je me reprenne. La honte. Sa moue d'étonnement laissa ensuite place à un sourire. Peut-être n'ai-je pas l'air aussi con que je le croyais.
- Quel type de produit cherchez-vous ?
- Euh... Un... parfum...
- Homme ou femme ?
- Femme.
- Très bien. Suivez-moi.
Il m'entraîna dans le fond du magasin pour me présenter les différents flacons d'essences aromatisées. Après m'en avoir proposé, conseillé et fait sentir un grand nombre, j'opta pour le parfum Chanel N°5 sous les approbations de ce beau vendeur brun. Une fois à la caisse, ses yeux plongèrent dans les miens et il prit la parole.
- C'est un cadeau ?
- Euh... Oui oui.
- Très bien. Je vous emballe le parfum dans un beau papier argenté.
- Merci.
- C'est pour votre petite amie ?
Mon c½ur fit un bond à l'entente de sa question indiscrète. Mais je me surpris tout de même à vouloir lui dire que je n'avais personne dans ma vie. Je passa au dessus de ma timidité et lui répondit.
- Euh... non. C'est l'anniversaire de ma mère dans deux jours. Et euh... je n'ai... p... pas de... copine.
A mon grand étonnement, un sourire satisfait se dessina sur son visage. Je lâcha un petit rire nerveux sentant le rouge me monter aux joues. Il remarqua ma gêne et rigola d'une manière attendrie de mon attitude. Puis il rebaissa les yeux vers mon cadeau, l'emballa puis le mit dans un sac. Après avoir payé, j'attrapa le paquet qu'il me tendit. D'une voix déstabilisante, il me souhaita une bonne soirée. Je fis de même d'une façon maladroite puis m'éloigna rapidement avant de m'évanouir de gêne et de honte. Une fois dehors, j'inspira profondément la brise fraîche de la ville comme si mes poumons avaient été privés d'air durant mon séjour dans ce magasin. Je me remis les idées en place puis pris le dernier bus de la journée dans la direction inverse. La nuit était tombée et la pluie avait cessé. Une fois sorti du bus, je marcha vers chez moi et remarqua que ma mère n'était toujours pas rentrée. Je me rendis à l'étage, cacha le cadeau sous mon lit puis m'avachi sur la chaise de mon bureau. Je pris ma tête entre mes mains et pesta contre mon attitude pathétique face à ce sublime vendeur. Comment peut-on être aussi idiot face à un être humain ? Ce n'est qu'une personne. Un homme. Un mec. C'est surtout ça le problème. Peu expérimenté en matière de filles, je le suis encore moins en ce qui concerne les garçons. Mais j'avoue ne jamais avoir ressenti une sensation aussi agréable. Aucune fille ne m'avait fait un tel effet avant lui. Alors c'est ça le coup de foudre ? Les battements de c½ur qui s'accélèrent au premier regard ? Un bégayement incontrôlable à la moindre parole échangée ? Les mains qui deviennent moites à cause du stress et de la timidité ? Non. Ca fait trop cliché. Et pourtant. Sa beauté m'a coupé le souffle lorsque je l'ai vu. C'est si effrayant et excitant. Mais tellement nouveau pour moi. Qu'est-ce qui m'arrive ? Je n'ai pas l'habitude de me mettre dans cet état pour quelqu'un. Je suis parti tellement vite en plus. Je ne sais rien de lui, mise à part qu'il est vendeur dans une parfumerie, qu'il est absolument canon et que son prénom est Bill. Ce prénom qui résonne désormais dans ma tête. Mais enfin n'importe quoi. Il faut que je me reprenne. Putain. Je suis vraiment idiot. Ce garçon est un étranger. Je me fais des idées. Il est très beau mais je ne suis pas attiré. Je sais admettre et reconnaître la beauté d'un homme, mais impossible que j'en sois séduit. Il faut que je le chasse de mon esprit. Puis ce n'est qu'un mec. Pourquoi lui en particulier me ferait-il autant d'effet et pas un autre ? C'est n'importe quoi. Ce temps déprimant et la fatigue accumulée de ces derniers jours me rendent complètement idiot. En plus je ne suis pas gay. Tout ira mieux dans quelques jours.
- Bonsoir ! Je vous vois hésiter à entrer dans la boutique depuis un bon moment.
Oh mein Gott la honte. Il m'a vu tourner comme un chien à travers la vitrine sûrement. Putain. Euh... je n'ai qu'une solution. Creuser un trou, me mettre dedans sans oublier de le reboucher soigneusement et ne plus jamais en sortir. Non. N'importe quoi. Déjà, je vais commencer par me retourner car ça ne doit pas vraiment l'enchanter de parler à un dos et des dreads blondes.
- Euh... Bonsoir...
- Pourquoi hésitiez-vous autant à entrer ? Il ne faut pas avoir peur.
- Mais je n'ai pas... peur... Je... Je... En fait... Je n'étais pas sûr que la boutique était bien ouverte.
La honte. Je le vois rire. Il doit sûrement se dire que je suis con.
- Aucune raison qu'elle soit fermée. La semaine dernière, vous êtes venu exactement à la même heure. Auriez-vous oublié ?
Comment oublier ? Comment t'oublier Bill ? Tu hantes mes pensées jour et nuit. Bon, on va le faire genre j'avais omis le fait que j'étais passé il y a exactement une semaine et un peu plus d'une heure.
- Ah oui effectivement ! Vous avez raison.
- Vous n'allez pas rester ici toute la soirée ? Puis moi, je n'ai pas le droit de rester dehors. Mes clients attendent. Venez.
- Euh... oui... d'accord. Merci.
Effectivement, une fois à l'intérieur, la chaleur de la boutique réchauffa instantanément mon corps frigorifié.
- Vous cherchez un cadeau pour qui cette fois-ci ?
- Euh... non... je...
Merde. Je n'ai pas pensé au prétexte de ma visite. Je suis vraiment trop con. En plus, j'ai seulement de l'argent pour le bus du retour. Je ne peux pas faire semblant d'acheter un petit truc.
- Je... je voulais... vous remercier de... de m'avoir conseillé pour le parfum. Ma mère était très contente.
Je suis trop fort. Je le vis sourire, devinant sûrement que le but de ma visite n'était pas de le remercier, mais de simplement le revoir. Un silence pesant s'installa entre nous deux. Puis au bout de quelques secondes, Bill se décida enfin à le briser.
- Je finis dans une vingtaine de minutes. Ca te dirait qu'on aille boire un petit café pas loin ? Et euh... je me permets de te tutoyer. Ca ne te dérange pas ?
- Euh... non... pas du tout. Au contraire.
- Très bien... Alors ? Pour le café ?
- Oui... Pas de problème.
Je lui fis un petit sourire timide qu'il me rendit par un clin d'½il avant de tourner les talons. J'ignore totalement pourquoi il me met dans des états pareils, et j'avoue que ça me fait à la fois plaisir et en même temps très peur. Ca a l'air tellement simple pour lui. Je me sens nul à côté. Mais comment peut-il s'intéresser à un type aussi maladroit et pathétique que moi ? Oh et puis merde. J'en ai marre de me poser toutes ces questions. Je suis pire qu'une fille. Je ne sais pas pourquoi je me suis autant pris la tête durant cette semaine. Je trouve ce garçon très attirant, il m'a proposé un petit café, j'ai accepté l'invitation et je vais apprendre à le connaître. Tout simplement. Puis aucune importance qu'il soit un homme. Il est sublime. C'est l'essentiel. Me mettant dans un coin, je l'observa discrètement conseiller ses clients. Il paraissait tellement sûr de lui. Sa façon de se tenir, de regarder et de marcher me faisait littéralement fondre sur place. Il était si élégant et sensuel. Découvrant que je le regardais du coin de l'½il, il me fit son plus beau sourire tout en retournant dans l'arrière boutique. Honteux, je baissa la tête tout en souriant timidement. Il suffisait que son regard se pose une seule seconde sur moi, pour que je perde tous mes moyens. Il était si beau et déstabilisant que mon c½ur manqua de rater un battement. Une vingtaine de minutes plus tard, comme il me l'avait dit, Bill termina. Il fit la bise à ses deux collègues féminines puis se dirigea vers moi, qui attendais à côté de la porte d'entrée. Sa main se posa légèrement dans le bas de mon dos afin de me faire avancer vers la sortie. Ce geste inoffensif me fit sursauter. Restant silencieux tout le long du chemin, Bill m'emmena dans un joli café à quelques mètres de la boutique où il travaillait. Nous entrâmes et nous nous installâmes dans un petit coin intime. Cette situation me mettait terriblement mal à l'aise et j'étais pétrifié. Voyant ma gêne, Bill me rassura en posant prudemment sa main sur la mienne. J'écarquilla les yeux et me retira brusquement du dessous de sa paume. J'étais terriblement mal face à lui et en même temps, j'étais certain qu'il pourrait me faire complètement oublier ma timidité. Ce que je ressentais était tellement contradictoire. Il fallait que je prenne le dessus de ma timidité étouffante. Je releva les yeux vers lui et découvris un voile de tristesse dans son regard. Mon geste brusque d'il y a quelques secondes avait du le vexer. Mais tout allait tellement vite pour moi. Mes sentiments se perdaient, s'entrechoquaient et se mélangeaient dans mon c½ur. Je n'avais pas l'habitude et je me sentais perdu face à lui. Mais il avait l'air si unique et précieux. Il fallait que je me ressaisisse. Je lui fis un petit sourire en signe d'excuse. Il sembla comprendre que je n'avais en aucun cas voulu lui faire de la peine, et me rendit mon sourire. Je souffla intérieurement de soulagement. Nous commandâmes alors deux cafés. Quelques instants plus tard, le serveur déposa sur la table nos deux commandes et nous laissa seuls. Une violente vague de stress s'immisça dans mon corps. Silencieux depuis que nous avions quitté la parfumerie, nos regards se croisaient timidement et nos mains se frôlaient dangereusement. D'une voix envoutante, Bill décida de briser le calme mystérieux qui régnait entre nous, tout en me fixant étrangement, le coude sur la table, son menton tenant sur sa main.
- Tu sais, depuis que je te regarde et que je t'observe, je viens de remarquer que j'ignore encore ton prénom. Tu connais sûrement déjà le mien.
- Oui Bill... Moi c'est Tom...
- Enchanté Tom.
Embarrassé de l'intérêt qu'il portait à mon égard, je rougis instantanément. Il était si intimidant. Il lâcha un petit rire moqueur et nous commençâmes à discuter réellement. Je me surpris à me sentir de plus en plus à l'aise au fil des minutes qui passaient. Malgré le côté très mystérieux de Bill, j'appris qu'il était mannequin et qu'il travaillait dans cette parfumerie provisoirement. Du haut de mes 18 ans, je su qu'il en avait 21. Tant que j'étais majeur, ça n'avait pas l'air de le déranger. Qu'il soit plus vieux ne me posait aucun problème à moi non plus. Bien au contraire. Assez discret sur sa vie intime, il me confia avoir été amoureux d'un seul garçon à l'époque du lycée et ne plus jamais avoir trouvé l'âme s½ur depuis. Sa déclaration me surpris étant donné la facilité avec laquelle il m'avait abordé. Il dégageait une grande assurance et semblait avoir l'habitude en matière de relations. Me dévoilant ainsi une partie de sa vie, je lui appris à mon tour, timidement, que j'étais en Terminale Littéraire et que je vivais seul avec ma mère sans n'avoir jamais connu mon père. Je lui raconta également mon unique relation de six mois avec une fille. A ses yeux, je pus deviner qu'il comprit que c'était la première fois que j'étais attiré par un homme. Et ainsi, nous continuâmes à discuter, rigoler et se découvrir. Déconnecté de toute réalité, je me sentais dans une bulle à ses côtés. Une bulle de bonheur. Le temps semblait passer à toute vitesse et à la fois s'être arrêté. Le sentiment qui m'avait envahi au premier regard entre nous deux ne cessait de s'intensifier au fond de moi. Mais la sonnerie de mon portable me ramena violemment sur Terre. Je décrocha et entendit la voix de ma mère m'ordonnant de rentrer immédiatement. Merde. Comme par hasard, il avait fallu qu'elle rentre plus tôt ce soir. En plus, j'avais oublié de la prévenir sur un petit mot de mon départ. Constatant que cela faisait presque trois heures que l'on discutait, nous nous levâmes tous les deux à contre c½ur. Sa présence m'apaisait totalement et je n'avais qu'une seule envie, le revoir. Je tenta timidement.
- Euh... Bill ça te dirait qu'on... qu'on... s... se...
- ... revoit ? Avec plaisir Tom. A quelle heure tu finis demain ?
- A 14 heures.
- Très bien. J'étais dans le même lycée que toi avant. Je t'attendrai à la sortie. C'est mon jour de repos.
- D'accord...
Sa main caressa tendrement ma joue droite, puis son index vint frôler mon piercing à la lèvre inférieure. Il plongea ses yeux noirs intenses dans les miens.
- A demain Tom.
Et il s'éloigna, me laissant seul, complètement perdu, et encore sous le choc d'un tel contact. Mon c½ur n'avait jamais battu aussi fort dans ma poitrine. Je me sentis alors défaillir sous le poids de ce sentiment unique et enivrant. Je crois que je suis entrain de tomber amoureux...
- Tu vas au lycée ou à une soirée ?
- Je ne vois pas pourquoi tu dis ça !?
- Je te connais Tom, comme si je t'avais faite.
- En même temps, c'est le cas maman... Bon... Tu ne devrais pas être au travail ?
- Ca va... Je ne suis qu'une infirmière, pas un médecin urgentiste. Bon... Je te laisse te faire beau pour l'heureuse élue. A ce soir mon chéri. Je t'aime.
- Moi aussi m'man.
- Euh... ma mère m'attend pour faire les courses.
- Elle ne bosse pas toute la journée normalement ?
- Si... mais... euh... c'est son jour de repos aujourd'hui.
- Ouais... Je te rappelle qu'on devait se voir avec Georg et Andréas cette après-midi.
- Ah oui c'est vrai. Je suis désolé, je ne peux pas...
- Mais Tom o...
- La semaine prochaine d'accord ?
- Attends T...
- Ciao Gus' !
- Tu vas bien Tom ?
- Oui... et toi ?
- Très bien... J'espère que tu aimes les surprises. Je t'emmène quelque part.
- Euh... oui... d'accord...
- Allez monte.
- Bill tu es enfin là ! La séance ne va pas tarder à commencer. Va te préparer. Dépêche-toi.
- Comme tu le sais, je viens de commencer ma carrière en tant que mannequin. J'ai une séance photo cette après-midi pour mon nouveau book. J'ai voulu t'emmener pour que tu vois ce que je fais.
- Euh... d'accord.
- Alors je te plais comme ça Tom ?
- Bon c'est pas mal Bill. On a fait du bon boulot. On se retrouve ce soir pour choisir les meilleurs clichés d'accord ?
- Pas de problème David.
Et le dénommé David quitta la pièce après avoir rangé son matériel. Puis Bill s'adressa à moi.
- Je reviens dans une minute. Je vais me changer.
- D'accord...
- Je me suis arrangé pour qu'on puisse rester ici un peu. J'espère que tu ne t'es pas trop ennuyé.
- Non pas du tout... au contraire...
- Tu as aimé ?
- Bien sûr... Tu es très beau tu sais...
- Je te remercie. Tu sais, tu es loin d'être déplaisant Tom. Bien au contraire.
Il me fixa durablement comme pour me faire passer un message, puis il continua.
- J'avais envie de passer un peu de temps seul avec toi pour notre premier rendez-vous. Alors, on commande des pizzas ?
- Oui si tu veux.
- C'est parti !
- J'attendrais ton appel Tom.
- Qu'est-ce qui t'as pris hier de nous planter comme ça ?
- Georg calme t...
- Non Gustav je ne me calmerais pas. Tom nous a laissé tomber hier. Hein Tom ?
- Euh... les gars... j'étais occupé. Je suis dés...
- Tu crois qu'on l'a gobé ton histoire de faire les courses avec ta mère ou quoi ? Putain... Depuis qu'on se connaît tu ne nous as jamais planté pour rien. Même quand t'étais avec Nina l'année dernière. Et pourtant ça a duré six mois votre histoire.
- Je sais. Je suis vraiment désolé les mecs... J...
- C'est qui ?
- De quoi ?
- La fille avec qui t'étais hier après-midi.
- Je n'étais pas avec une fille Georg.
- Tu vas me dire que si tu nous as lâché c'était pour faire les courses avec ta mère alors ?
- Je...
- C'est vrai remarque. A choisir entre une après-midi supermarché avec sa mère et une après-midi musique entre potes, je prends le premier choix sans hésitation. Te fous pas de nous. La guitare c'est ta passion depuis que t'es gosse.
- Bon d'accord... Je n'étais pas avec ma mère. Mais je n'étais pas avec une fille non plus.
- T'étais avec qui alors ?
- Georg... Arrête s'il te plaît. Tom n'a aucun compte à nous rendre. Nous sommes ses potes mais s'il n'a pas pu venir hier, il doit avoir ses raisons. Laisse-le.
- Pff... Je suis désolé de m'emporter comme ça mec.
Georg me mit une tape amicale dans le dos.
- C'est rien, t'en fais pas. Je peux comprendre.
- Tom ? Tooom ?
- Hein ? Quoi ?
- T'as intérêt à vite nous dire ce que tu foutais hier parce que je te dis pas l'air que tu tires depuis tout à l'heure. On dirait que t'as vu un ange.
Georg n'avait pas tout à fait tord. Je lui souri gentiment.
- T'as de l'imagination toi. Je vous le dirais un jour, ne vous en faîtes pas...
Et nous continuèrent notre chemin. Eux, avec en tête des questions sans réponses sur ce que je leur cachais, et moi, avec des étoiles pleins les yeux en pensant à mon ange aux yeux noirs.
- Allô ?
Je ne reconnu pas la voix douce et légèrement cassée de Bill.
- Bill ?
- Non. T'es qui toi pour l'appeler ?
Le ton que prit cet inconnu avec moi me fit sursauter. Mon c½ur accéléra instantanément.
- Euh... Je suis Tom... J'ai passé une après-midi avec Bill il y a quelques jours.
- Et alors ?
- Je pourrais lui parler ?
- Il est à la douche. Puis de toute façon, pourquoi je te le passerais ? Il ne m'a jamais parlé de toi. Je ne te connais pas.
- J... euh... et vous, qui êtes-vous pour répondre sur son portable ?
L'homme rigola. Son rire moqueur résonna dans mes oreilles. Puis il s'arrêta net et reprit la parole d'une voix effrayante.
- Qui je suis ? Son mec tout simplement.
Et il raccrocha.
- Quoi ?
- Calme-toi Tom ! Qu'est-ce qui t'arrive depuis une semaine ? En plus, ça ne te ressemble pas d'être agressif comme ça.
- Ouais sûrement.
- Tom...
- Putain ta gueule Georg ! C'est bon, je n'ai rien à vous dire. Laissez-moi bordel !
- Tom ! Regarde-moi ! Tom... Regarde-moi bordel ! C'était une erreur la dernière fois. Je te jure. Ce n'est pas ce que tu crois. Je peux tout t'expliquer...
Mes yeux menaçaient de laisser couler la déception et la tristesse que je ressentais depuis cet incident.
- Je t'en supplie. Laisse-moi t'expliquer... Ce mec n'est pas celui que tu crois. Ecoute Tom... c'est mon ex d'accord. C'était il y a quelques mois, il me plaisait bien et c'était réciproque. Nous nous sommes fréquentés pendant quelques semaines puis je l'ai quitté. Je ne l'appréciais pas assez pour envisager une relation plus longue avec lui. Je sais, je ne t'en ai pas parlé et je t'ai dit que je n'avais connu personne d'autre depuis l'époque du lycée, mais pour moi, il ne représente strictement rien à mes yeux. Je ne voyais pas l'intérêt de t'en parler. Mais l'autre jour quand tu as appelé, il est passé chez moi. Il s'obstine à vouloir me revoir et à croire que l'on est à nouveau ensemble. Je suis désolé que tu sois tombé sur lui.
Pour la première fois, je pris la parole, sans me laisser déstabiliser par son regard, me donnant un air de faux vainqueur.
- Et toi tu étais à la douche pendant ce temps ? Il vient te voir et toi tu prends une douche ?
Je rigola de ma constatation puis me reprit en m'éloignant.
- Ecoute... Tu n'as pas de compte à me rendre et je n'ai pas à te faire une crise. Tu fais ce que tu veux de ta vie. Nous ne sommes pas ensemble de toute façon.
- Non Tom... Regarde moi... Je sais que je te plais. Et tu me plais beaucoup aussi... Je comprends ta réaction... J... Je n'ai pas l'habitude de dire des choses comme ça à quelqu'un. Depuis mon premier amour, c'est la première fois que je ressens un truc aussi fort en moi. C'est toi qui me le procure Tom. Ce mec que t'as eu au téléphone ne représente plus rien pour moi. Il est passé ce matin là, je venais de me lever et je lui ai dit qu'il avait intérêt à être parti lorsque j'aurai pris ma douche. Tu as appelé au mauvais moment... Je suis désolé qu'il ait répondu. Je lui ai réglé son compte tellement je lui en voulais d'avoir fait ça... à toi... j'attendais ton appel avec tellement d'impatience...
Je me surpris à avoir de la peine pour lui. Ses yeux brillaient de colère et son souffle était saccadé. Il s'en voulait et se démenait de toutes ses forces pour justifier ce quiproquo. Je me sentis idiot de m'être comporté ainsi durant une semaine entière. C'était la première fois que je le voyais aussi faible devant moi. Lui, qui du peu que je le connaissais, était si sûr de ce qu'il faisait. Je me rendis compte que ce geste lui avait demandé un effort considérable et qu'il m'avait dévoilé une partie de son c½ur. Je fus attendri et pris mon courage à deux mains en déposant tendrement mes lèvres sur les siennes.
Le weekend était enfin arrivé après cette semaine riche en émotions. Je regrettai aussitôt de m'être levé à 13h lorsque je vis la masse de devoirs qui m'attendait patiemment. J'aurai préféré dormir jusqu'à Lundi. Je commençai tout de même mon après-midi en me douchant puis en téléphonant à Georg et Gustav pour leur présenter mes excuses de mon comportement de l'autre jour. Ils ne posèrent pas plus de questions et furent compréhensifs. Après, je m'attaquai à la tonne de devoirs étalée sur mon bureau jusqu'au soir. Je détestais rester enfermer pour bosser mais il le fallait bien si je voulais réussir. Une fois fini, je descendis voir ma mère qui était rentrée de l'hôpital et mangea un morceau. Puis j'entendis au loin mon téléphone sonner. Je me levai de la chaise et me précipitai dans les escaliers, manquant de m'étaler par terre. Une fois dans ma chambre, je sautai à plat ventre sur mon lit et me saisi du téléphone qui cessa de sonner une fois dans mes mains. Et merde. Je regardai la cause de la soudaine agitation de mon téléphone et vit que Bill m'avait appelé. Je souris de toutes mes dents à la vue de son prénom sur le petit écran en couleurs et attendis qu'il me rappelle. La veille, après m'avoir tout expliqué sur son ex, Bill m'avait déposé chez moi en me promettant que cette fois-ci, il m'appellerait le lendemain. A peine trois semaines que l'on se connaissait et une vague d'amour m'avait déjà submergé. Cela semblait fou et irréel mais je ne voulais plus me préoccuper de toutes ces questions inutiles qui traînaient dans ma tête. Ce petit incident était oublié et je savais désormais que je pouvais lui faire confiance. Et le fait qu'il m'ait dévoilé une partie de ce qu'il ressentait pour moi, suffisait à me faire prendre conscience qu'il fallait que je profite et que j'arrête de me torturer l'esprit. Je tenais vraiment à lui et me sentais amoureux. Le téléphone sonna à nouveau dans mes mains et me fit sursauter. Mais je ne tarda pas pour autant à décrocher.
- Allo ?
- Alors, tu as passé une bonne journée Tom ?
- Pas terrible. J'ai révisé toute l'après-midi. Et toi ?
- J'ai bossé à la parfumerie comme d'habitude. Ca te dirait de sortir un peu ce soir ?
- Oui sans problème.
- Très bien je t'attends. A tout de suite.
Et il raccrocha aussitôt. Il m'attend ? De quoi ? Pourquoi il a raccroché ? Je m'habillai tout de même en jetant un coup d'½il à mon reflet. Je me coiffai et me mit du parfum. Je décidai de le rappeler lorsque je compris ce qu'il avait voulu dire. Je dévalai les marches en prévenant ma mère que je sortais et ouvrit la porte d'entrée. La voiture noire de Bill était garée devant chez moi. Il m'attendait, adossé à la portière du côté passager. Je m'approchai.
- T'en as mis du temps Tom.
- Il fallait bien que je me fasse beau.
Il me sourit tendrement lorsque je pris à nouveau la parole.
- Et si j'avais refusé de sortir ce soir ? Tu serais venu pour rien.
- Je savais que tu accepterais mon invitation.
Il me fixa intensément et effleura du bout des doigts mon piercing.
- Si tu savais comme tu es beau Tom...
Et il m'embrassa ne me laissant pas le temps de répondre. Au moment où ses lèvres touchèrent les miennes, je basculai dans un autre monde. Me laissant guider par ses gestes, je savourai cet instant magique mais éphémère. Nous nous détachâmes l'un de l'autre et entrâmes dans sa voiture. Il m'emmena au cinéma puis m'invita dans un petit bar-restaurant. Une soirée en apparence banale mais ces moments avec lui avaient une valeur différente à mes yeux. J'adorais découvrir et partager ces instants à ses côtés. C'était si unique. On en apprenait de plus en plus l'un sur l'autre et c'était le plus important. Plus le temps passait et plus je me voyais faire un petit bout de chemin avec lui.
- Tom ! Tooom ! Arrête !!!
- D'accord. Mais seulement quand j'en aurai marre !
Bill ne pouvait plus s'arrêter de rire tellement je le chatouillais. Mais sous ses implorations, je me stoppa finalement, trouvant que je l'avais assez fait souffrir. Deux mois étaient passés depuis l'incident avec son ex et nous étions désormais un couple. Je ne le cachais plus à Georg et Gustav depuis peu, et comme je m'y attendais, ils avaient été très compréhensifs. Ma mère n'était pas au courant mais je savais qu'elle s'en doutait fortement. Bill passait régulièrement chez moi depuis quelques jours et, malgré le fait qu'elle faisait semblant de n'être au courant de rien, elle n'était pas dupe. Elle attendait sûrement que je lui en parle moi-même. Chose qui prendrait du temps.
- T'es vraiment un connard !
- Ce n'est pas beau la vulgarité venant de toi Bill !
- Je m'en fous parce que c'est tout ce que tu es Tom. Un C-O-N-N-A-R-D !
- Je te remercie.
Et Bill se rua sur moi pour se venger de sa séance chatouillages. Je ne pouvais m'empêcher de rire devant le faux air haineux qu'il prenait envers moi. Et c'est ainsi que continua notre samedi après-midi chez moi. Mon amour pour lui grandissait chaque jour un peu plus depuis le début de notre relation. Je n'avais encore jamais avouer mon amour à Bill, au contraire de lui. Sa déclaration m'avait surprise. Nous étions dans son appartement entrain de finir un dîner qu'il avait préparé lui-même. Ce soir-là, il avait enlacé ses doigts aux miens et m'avait avoué qu'il m'aimait. Je me souviendrai toute ma vie de ses yeux noirs plongés dans les miens et de ses mots. « Je t'aime Tom ». La phrase la plus simple au monde mais pourtant la plus puissante et la plus difficile à prononcer. Je ne voulais pas qu'il croit que je n'étais pas amoureux. Mais ma gorge se nouait chaque fois que j'essayais de sortir ces trois mots. Ce que je ressentais pour lui était tellement fort, qu'un simple "Je t'aime" ne suffirait pas. Il semblait comprendre ma gêne et se montrait très patient. Mais malgré le temps que nous passions ensemble, je restais parfois toujours timide. Egal à moi-même dirons-nous. Certains de ses gestes me mettaient mal à l'aise et j'avais dû mal à m'y habituer. Plusieurs fois, sa main s'était retrouvée sous mon tee-shirt et ses baisers étaient descendus dans mon cou. Mais gentiment, je le repoussais, lui faisant comprendre que je n'étais pas encore près, malgré mon envie. Il n'insistait pas. Ma peur était dû au fait que j'aimais Bill plus que n'importe qui. C'était la première fois que je tombais réellement amoureux de quelqu'un et la peur de mal faire était présente. Mais j'étais également pétrifié car Bill était un homme. Et cette expérience était pour moi inconnue, donc encore plus effrayante.
- A quoi penses-tu Tomichou ?
- A toi qui vient de me sortir un surnom atroce Billouchou.
- Celui que tu viens de me donner est encore plus immonde.
- J'avoue. Bon je m'arrêterai à Billou. Et toi à Tomi ! D'accord ?
- Marché conclu.
Et il se blotti dans mes bras me reposant sa question.
- Je pense à nous deux... Et je me sens heureux à tes côtés Bill.
- Moi aussi je me sens heureux avec toi sur ce lit. Il est vraiment confortable.
Nous nous regardâmes longuement puis explosâmes de rire. Puis Bill reprit son sérieux.
- Moi aussi je suis heureux avec toi Tom, et tu le sais.
Il détourna la tête, se plaça au dessus de moi et me fixa, avant de poser délicatement ses lèvres sur les miennes. Les yeux fermés, je répondis à son doux baiser. Sa langue se maria à la mienne et je me laissai envahir par cette sensation unique. Instinctivement, j'écartai les jambes et les enroulai autour de sa taille afin que nos torses se collent un peu plus l'un à l'autre. C'était la première fois que j'allais aussi loin avec lui. Il sembla surpris de mon changement d'attitude et stoppa notre baiser.
- Ca va Tom ?
- Oui pourquoi ?
- C'est la première fois que tu te laisses faire.
Je sentis le rouge me montait aux joues et baissai les yeux.
- Oui je sais... Mais j'en ai envie Bill. J... Je... J'ai peur parce que... avant je n'ai... jamais vraiment fait ça... enfin si... mais... avec mon ex copine on l'a déjà f... fait... m... mais avec toi c'est... d... différent... tu comprends ?
Il sourit de mon attitude et m'embrassa chastement.
- Tom... ne t'en fais pas. Je sais que c'est la première fois pour toi avec un homme mais il ne faut pas avoir peur. Je suis là pour te guider.
- Oui... d'accord...
- Puis je sais que tu en as envie.
Je rougis encore plus à l'entente de sa phrase et ne répondit rien.
- Je te désire comme jamais... Si tu savais comme tu es beau. J'ai tellement envie de toi.
Il déposa des milliers de baisers en surface sur ma bouche puis se détacha.
- Tu me rends fou Tom...
Il plaqua à nouveau sa bouche contre la mienne commençant un baiser sauvage auquel je répondis. Sa soudaine pulsion me donna du courage et j'osai glisser mes doigts dans son dos. Je plaçai mes mains sous son tee-shirt et les baladai sur ses omoplates en descendant sur sa chute de rein. Sa peau était si douce. Ses légers gémissements m'incitèrent à continuer mes mouvements et je sentis une érection se former sous son pantalon. Il donna quelques très légers coups de bassins faisant lentement monter notre excitation. A bout de souffle, il détacha ses lèvres des miennes et se releva, se mettant à califourchon sur moi. Il retira ma casquette puis mon bandeau et les envoya balader. Ses mains attrapèrent le bas de mon tee shirt et le souleva. Je me trouvai torse nu sous son regard envieux. Alors qu'il était toujours entièrement habillé, je me décidai à également lui enlever ce bout de tissu gênant. Mes joues s'enflammèrent tandis que ses mains se perdaient sur mes abdos. Puis un de ses doigts vint retracer mon nombril en le faisant tourner autour. Je fermai les yeux de bien-être en plaçant mes mains sur ses hanches. Je me saisi de l'élastique de son boxer qui dépassait de son jean et le fit légèrement claquer contre sa peau. Il stoppa ses mouvements sur mon ventre puis se rapprocha de mon visage. Il s'arrêta au moment même où nos lèvres s'effleurèrent. Mon souffle pénétrai dans sa bouche et je soupirai de frustration lorsque sa tête se nicha dans mon cou. Il me couvra de baisers furtifs puis suçota ma peau blanche. Grognant d'impatience, je lui ordonnai de déboutonner mon jean sentant la douleur de mon sexe devenir plus forte. Il s'exécuta et fit glisser le vêtement le long de mes jambes jusqu'à ce qu'il tombe à terre. Il remonta vers moi et mordilla mon téton droit me faisant frissonner. La bosse apparente sous mon boxer était de plus en plus imposante, ce qui n'échappa pas à Bill. Il souffla sur ma peau fragile et descendit vers le point ultime. Ses pouces attrapèrent mon boxer et le baissèrent lentement afin de laisser apparaître mon sexe gorgé de désir. Il sourit à la vue de mon membre dressé et je ne pus m'empêcher de rougir de honte. Je détournai la tête.