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[One Shot #10]Nous croyons conduire le destin, mais c'est toujours lui qui nous mène.

[One Shot #10]Nous croyons conduire le destin, mais c'est toujours lui qui nous mène.
Dans les quartiers douteux de la ville de Berlin, un jeune garçon aux cheveux longs et à la démarche nonchalante, se dirigeait vers chez lui. Malgré son regard haineux, ses yeux laissaient deviner une grande tristesse. Deux ans qu'il ne mangeait plus à sa faim. Deux ans qu'il essayait de s'en sortir. Deux ans qu'il vivait seul dans ce minable taudis. Sa génitrice l'hébergeant jusqu'à ses 18 ans afin de ne pas passer pour une mauvaise mère, le vira de la maison le jour de sa majorité. Elle qui avait promis à son fils d'être toujours à ses côtés, le mit à la porte sans rien, trouvant sa fonction de mère parfaitement accomplie. Depuis ce jour-là, lui qui lui faisait entière confiance, tentait désespérément de survivre. Son père, décédé il y a dix ans d'un cancer, lui fit cadeau de sa précieuse basse juste avant sa mort. Chaque soir, il se retrouvait seul avec cet instrument. Son seul remède contre sa peine profonde. Son seul bon souvenir d'enfance. Son seul instant de bonheur. Une sensation de plénitude et de bien être l'envahissait chaque fois que ses doigts glissaient gracieusement sur les cordes de son instrument. Comme si ses problèmes et sa tristesse s'envolaient avec les notes qui s'échappaient de sa basse. Il se sentait dans un autre monde. Comme une drogue qui l'aidait à tenir malgré tout. L'image d'une piqûre de bonheur quotidienne. Il sait que de là-haut, son père l'écoute et veille sur lui. Malgré sa misérable vie, il est certain qu'il serait fier de lui. Alors il continue d'avancer et tente de s'en sortir un jour, même si l'espoir s'est éteint. Quelques mètres seulement le séparaient de chez lui. Mais lorsqu'il s'engagea sur le passage piéton, un klaxon le fit subitement détourner la tête en direction du bruit. Il n'eut pas le temps de réaliser qu'une grosse voiture noire fonçait droit sur lui tentant de freiner. Main en vain. Un violent coup au niveau des jambes le fit basculer sur le pare-brise. Après ce choc, il roula sur le capot et percuta le sol goudronneux. Il entendit deux portières claquer ainsi que deux voix d'hommes affolées.

- Oh mein Gott ! Oh mein Gott ! s'écria la première voix plutôt efféminée. J'ai tué ce type. Je l'ai tué putain !
- Bill tais toi ! On n'a pas le temps, il faut appeler le SAMU !!!
- Oui... d... d'accord ! C'est... b... bon alors... dépêche toi !
bafouilla le fameux Bill, au bord de la crise de larmes.
- Putain il est où mon portable bordel de merde ? Fait chier ! Reste à côté de lui Bill !!!

POV Georg

Je sentis une main froide tremblante se poser sur mon front et faire une légère pression dessus. Les doigts de l'autre main manucurée de cet individu passèrent maladroitement sur mon avant-bras. Non. Laissez moi crever. Rien que pour ne plus ressentir cette douleur qui emplit ma chair et mon âme chaque jour un peu plus depuis mon enfance. J'abandonne. Mon corps entier fut parcouru d'un frisson glacial. Mon c½ur qui battait à m'en exploser la poitrine, ralentissait petit à petit. Mes sens diminuaient un par un. L'odeur de la pollution de la ville n'atteignait plus mes narines.

- Oui s'il vous plaît c'est pour une urgence !

L'arrière goût de mon café pris il y a peu de temps se dérobait sous ma langue.

- Un homme d'environ une vingtaine d'années a été renversé sur le bord de la route !

Le bruit des voitures qui roulaient et klaxonnaient ne parvenait plus à mes oreilles.

- Comment voulez-vous que je sache où l'on est ? Je ne suis jamais passé par là auparavant bordel de merde !

Le doux contact de cet inconnu sur mon corps disparaissait peu à peu.

- Un quartier pourri en plein centre de la ville !!!

Les nuages au dessus de moi ne bougeaient plus et le ciel devenait flou.

- Dépêchez-vous, je ne sais pas s'il tiendra longtemps !

Mes yeux se refermèrent sans lutter pour rester ouverts. Le poids de ma souffrance accumulée depuis toutes ces années pesait désormais trop sur moi. Je me laissa partir. Cet accident était pour moi une belle occasion d'abandonner ce monde étant donné le peu de courage que j'ai eu pour le faire moi-même.

- Tom... je crois... qu'il... qu'il est m... mort.

En quelques instants, je me retrouva ailleurs. Comme dans un autre monde. Une lumière blanche aveuglante percuta mon visage. Le silence pesant de cet endroit étrange me rendait sourd. Je marcha lentement, cherchant le moindre défaut qui pourrait attirer mon attention. Alors c'est ça ? Ca y est je suis mort ? Une voix d'homme me fit sursauter. Je détourna la tête. Je ne vis rien.

- Georg...

Mon c½ur accéléra instantanément.

- Georg... Tu n'es pas seul...

Papa ?

- Tu n'as jamais été seul... J'ai toujours été là pour toi. Même lorsque je vous ai précipitamment quitté toi et ta mère. J'ai veillé sur toi jour et nuit et tu le sais mieux que personne. N'abandonne jamais Georg. Je ne t'ai pas éduqué comme ça. Permet moi d'être fier de toi pour toujours fiston. Permet le moi...

La blancheur insupportable de l'endroit palissait à vue d'½il, le silence se rompait lentement et je sentis le vide sous mes pieds. Je fus alors pris de vertige essayant vainement de me rattraper à quelque chose d'inexistant. Ma tête tournait et mes yeux roulaient dans leurs orbites. Subitement, tout se stoppa. Trou noir.

[...]

Des bips incessants. Une douleur inconnue au niveau de mes côtes. Une impression de ne plus pas avoir de bras droit. J'ouvris lentement les yeux. Trois visages flous se dessinaient de plus en plus nettement devant moi. Je rêve ou un mec avec du maquillage noir sous les yeux, un rappeur avec des dreads et une tête de bisounours avec une casquette se tiennent en face de moi ? Je referma instantanément mes paupières, préférant me remettre les idées en place et recommencer mon réveil. Je retenta l'expérience et constata avec surprise que je ne rêvais pas. Le sourire de ces trois personnes étranges s'allongeait de plus en plus. Ils me regardaient avec tant d'admiration que j'en flippais. Le visage du brun aux yeux noirs me disait quelque chose. Et comme s'il avait lu dans mes pensées, il prit la parole.

- Tu es enfin réveillé ! Tu sais, j'ai vraiment eu peur... J'ai cru que je t'avais tué. J'en ai pleurai tellement j'étais mal.

Oh doucement. Je viens de me réveiller. Laisser moi le temps. Je rembobine... Puis tout me revient. Je marche vers chez moi. J'entends un klaxon. Une voiture me fonce dessus. Je suis par terre... Et... mais...

- Je ne suis pas mort ? leur demandai-je subitement.
- Juste avant que les secours arrivent, on a cru t'avoir perdu, expliqua tristement le garçon aux dreads. Mais faut croire que tu es plus fort qu'on ne l'a cru.
- Je suis vraiment désolée,
intervint le brun, les larmes aux bords des yeux, je ne me serai jamais remis de ta mort. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, je n'ai pas été assez attentif, je t'ai vu commencer à traverser, je roulais un peu trop vite, j'ai paniqué... oh mein Gott... si tu savais comme je m'en serai voulu...

Les paroles de ce garçon, pourtant inconnu, me touchaient profondément étant donné la sincérité de celles-ci. C'était la première fois que j'avais l'impression d'exister et d'être important aux yeux de quelqu'un. Je tenta de le rassurer.

- Ne t'inquiètes pas. Tout va bien maintenant. Plus de peur que de mal. Puis j'avoue que je n'étais pas très attentif moi non plus.

Il me fit un petit sourire timide.

- Je m'appelle Bill. Lui c'est mon frère jumeau Tom.

Il m'indiqua le mec aux dreads.

- Et voilà Gustav. Notre meilleur pote.

Je leur rendis leur sourire. Pas un sourire forcé ou crispé comme je le fais depuis toujours. Mais un sourire sincère et vrai. C'était la première fois depuis longtemps que je n'avais pas été aussi heureux. Certes j'étais à l'hôpital avec un bras cassé et quelques côtes brisées, mais une sensation que je ne connaissais pas s'installait confortablement en moi, pour ne plus vouloir en sortir. Je n'avais jamais eu de véritables amis et j'eus le pressentiment que ces trois garçons allaient le devenir, tant ils m'inspiraient confiance. Tom sortit de sa poche quelque chose que je ne parvins pas à distinguer. Il prit la parole.

- On s'est permis de prendre ton porte feuille pour savoir qui tu étais. Tu ne nous en veux pas ?
- Non pas du tout. C'est normal.
- J'ai supposé que tu étais un musicien étant donné le médiator que l'on a trouvé. En très mauvais état, il faut l'avouer. J'espère que ton instrument n'a pas la même allure.


Je me surpris à lâcher un petit rire.

- C'est une sorte de porte-bonheur que j'emmène partout avec moi. Mais je te rassure, ma basse se porte très bien.
- Tu fais donc de la basse. Moi de la guitare.
- Et moi je fais de la batterie,
intervint pour la première fois Gustav.
- Ben dis donc, j'ai affaire à une bande de musiciens. Ce n'est pas tous les jours que l'on en rencontre. Et toi Bill tu ne joues pas d'instrument ?
- Non très peu pour moi. Je suis le seul à bien chanter ici, alors je m'occupe de ma voix,
plaisanta avec emphase l'androgyne.
- Tiens pour ton anniversaire.

Mon anniversaire ? J'avais complètement oublié qu'on était le 31 Mars. La main de Tom me tendit un médiator beau et neuf. C'était la première fois, depuis l'âge de onze ans, que quelqu'un pensait à mon anniversaire en m'offrant un cadeau. Les larmes me montèrent aux yeux instantanément. Un cadeau pour mes 21 ans. J'avais l'impression de rêver et de retourner en enfance. Je me sentais comme un gamin voulant sauter au plafond.

- Comment avez-vous su ?
- On a un peu fouillé et trouvé ta carte d'identité.
- Ah oui, je me doute.
- D'ailleurs pas mal ta photo,
se moqua gentiment Bill.

Je lui tira la langue en souriant.

- Je ne sais pas quoi dire. Vous n'étiez pas obligés. On ne se connaît pas en plus... Ca me touche tellement...
- Disons qu'on voulait se faire pardonner de t'empêcher de jouer de la basse durant le prochain mois étant donné ton bras plâtré.


Ah effectivement. Je n'avais pas fait la relation.

- Vous allez me le payer les gars ! La basse m'est vitale, alors si je meurs se sera votre faute, m'écriai-je ironiquement.

Ils m'accompagnèrent dans mon fou rire, jusqu'à ce que Gustav prenne la parole.

- Lorsque tu sortiras de l'hôpital, viens chez moi avec ta basse. Les jumeaux passent chaque week-end. Se serait bien de se retrouver entre musiciens non ?
- Ca me ferait réellement plaisir. Merci beaucoup.


Je leur fis un de mes plus beaux sourires en signe de reconnaissance ne sachant quoi dire. J'avais comme la sensation que tout allait changer à partir d'aujourd'hui. Que ma rencontre avec ces trois garçons allait m'ouvrir différents horizons. Que les choses allaient se dérouler comme je le voulais. Que ma vie allait enfin prendre une tournure différente. En ce Lundi 31 Mars 2008, le jour des mes 21 ans, j'ai voulu perdre la vie. Mais un ange qui veille sur moi depuis toujours, m'a fait changer d'avis. Je ne le remercierai jamais assez de son geste. Vous savez pourquoi ? Parce que j'ai un pressentiment. Mais un bon pour une fois. J'ai l'impression que tout ira mieux grâce à ma rencontre avec ces garçons. En fait non. Je suis certain que tout ira mieux.

*

One Shot spécial Georg pour ses 21 ans. J'espère que vous ne m'en voulez pas de ma longue absence et que vous êtes tout de même contentes que je sois de retour parmi vous.

[♪] System Of A Down - Aerials

# Posté le lundi 31 mars 2008 14:18

Modifié le mardi 05 août 2008 07:08

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